By Laurent

Almaty

IMG_20150930_180122459

L’arrivée à Almaty se fait par une route en construction. Ici, ils ne se posent pas trop de questions : quand il s’agit de refaire une route, on casse tout sur 100 km, en laissant aux voitures une vague piste défoncée, limitée à 40 km/h (gardée par des flics armés de radars). Vu que les routes soviétiques partent en sucette et s’effondrent de partout, ils ont bétonné la nouvelle route. Libéralement, c’est-à-dire qu’ils coulent des dalles en béton armé sur toute la largeur de la route.. 100 km par 10m de large (au moins), ça en fait du béton (et de la ferraille). Contrairement aux Mongols, ils mettent effectivement les moyens, et beaucoup d’équipes travaillent sur le chantier. Pourtant, on se demande s’ils auront fini avant 2050, l’échéance qu’a fixée le président-dictateur-à-vie Nazarbayev pour amener son pays dans les 10 pays les plus développés du monde. Bonne chance !

DSC06028

Le soir tombe avant qu’on arrive à Almaty, on cherche donc un endroit où bivouaquer – et si possible avec la 3G, pendant qu’on y est. Mais ce n’est pas facile de trouver un coin tranquille car la région est de plus en plus développée au fur et à mesure que l’on se rapproche de la plus grande ville du Kazakhstan. Finalement, de nuit, on arrive à Kapchagay, qui est en fait une espèce de Las Vegas pour riches Kazakhs : on traverse des dizaines de casinos éclairés de millions de néons, et autant en construction. Apparemment, les Kazakhs ont de la peine à claquer leur pétro-dollars.

DSC06047

Hors de question d’entrer à Almaty de nuit, on trouve donc un terrain vague qui surplombe la route, et on monte notre camp à la lumière blafarde des néons des casinos. Surréel.

Le lendemain, nous entrons dans Almaty, et nous nous dirigeons d’abord vers le principal concessionnaire Toyota de la ville (il y en a au moins trois). Un grand bâtiment neuf et à la propreté impeccable, complètement identique à ce que l’on pourrait trouver à Paris ou (j’imagine) à Tokyo. Les 4×4 flambant neufs sont alignés et n’attendent qu’une poignée de dollars pour partir sur les routes d’Almaty. Au moins, ici, on sait pourquoi on achète un 4×4 ! On est très bien reçus par les employés, on a même droit à notre « assistante » qui parle un peu anglais et qui nous fait attendre avec un café. Après 1/2 h, on vient nous chercher et on nous annonce que le diagnostic coûtera 15€ : ok, pourquoi pas, et un mec en costard nous accompagne avec un formulaire dans l’atelier. Heureusement, on arrive à communiquer par geste avec un mécano qui comprend notre problème et agit de suite. Quand au superviseur en costard, on le perd de vue.

IMG_20150930_142000723

On avait deux problèmes principaux : la barre stabilisatrice qu’il fallait replacer (on avait perdu un boulon) et des durits de carburant à changer. Pour la barre stab, le gars trouve un boulon de la bonne dimension, jusque là c’est pas trop difficile. Mais pour la durit, ils commencent à me demander… le VIN de la voiture pour trouver la référence Toy. J’ai de la peine à leur expliquer qu’il s’agit d’un réservoir supplémentaire non standard et que la durit est un simple tuyau de carburant tout bête. Mais apparemment, cela ne rentre pas dans leur logiciel et ils lèvent les bras en l’air en signe d’impuissance… incroyable. Ils sont à peu près inutiles. Mais en même temps, ils doivent se sentir un peu con de ne pas avoir pu nous aider, du coup ils nous font une facture de… 1€ ! OK, on se quitte sans ressentiment, mais avec un problème toujours non résolu : où trouver de la durit de bonne dimension ?

DSC06054
Comme prévu, la porte arrière a morflé à cause du porte-roue.

Je me rappelle alors qu’il y a dix ans, j’avais rencontré le club de motards d’Almaty, qui nous avaient aidé en usinant une nouvelle couronne pour Ténéré (dans de l’acier de qualité militaire « trouvé » dans une ancienne usine de torpilles), et qui nous avaient aussi invités à une petite beuverie. Je retrouve péniblement l’endroit, juste à coté du stade de foot. Malgré mon nouveau statut de 4x4iste, je suis bien accueilli et un mec du club me file le chef au téléphone (qui parle un peu anglais). Il nous donne rendez-vous pour le lendemain à midi. Le soir tombe, on est crevé et on a besoin d’une bonne douche, on choisit donc un hôtel de moyenne catégorie, type business, et on s’offre un peu de confort à l’occidentale pour la première fois depuis le départ ou presque. Du coup, on se paie aussi un bon restau chinois dans le quartier.

DSC06055
Soudure sans gants et sans lunettes, bien entendu. Davaï !

Le lendemain, on retrouve Marat, le chef (?) du club, ponctuel au rendez-vous : il semble qu’il ait pris sur sa pause déjeuner pour venir nous aider. Il nous amène non loin de là à un garage de copains à lui, qui nous prennent immédiatement. Cette fois, les gars n’ont pas deux mains gauches et se mettent au boulot. Après avoir changé un bout de durit, ils vidangent également le circuit de freinage, car on a de sérieux problèmes d’équilibre à ce niveau-là. Ca ne résout pas tout, mais ça va clairement mieux. Quand au circuit de diesel, on s’apercevra qu’il fuit toujours, car ils n’ont changé qu’un bout de durit autour d’un T, mais les autres sont tout aussi pourris (c’est à Bishkek qu’on résoudra définitivement le problème). On en profite également pour réparer tant bien que mal la porte arrière, le porte-roue a fini par fissurer le métal. C’était malheureusement prévisible, mais on n’avait pas trop le choix si on voulait emporter 2 roues de secours. Vu qu’on n’a utilisé ni l’une ni l’autre, et que l’année prochaine sera plus facile (moins exposé), on en emportera qu’une. Mais comme l’autre roue de secours met à mal la galerie, on a quand même un problème à résoudre…

DSC06066
Petit déj dans une yourte pour touristes.

Ceci fait, comme on aimerait éviter une nouvelle nuit à 50€, on se dirige vers la montagne toute proche de la ville d’Almaty. La route monte régulièrement jusqu’à un péage, où on doit s’acquitter d’un droit d’entrée dans un parc national. On continue à grimper, mais on ne trouve pas trop de coin sympa ou se poser et il commence à faire nuit. Finalement, on opte pour un grand parking dans une épingle, faute de mieux. L’endroit pourrait être plus agréable, mais le trafic est faible et on est tranquille… jusqu’à ce que deux bagnoles se garent à coté de nous. On a l’impression que c’est l’endroit où les gamins viennent boire des bières avec la voiture de papa. Finalement ils se barrent et on passe une bonne nuit.

Le lendemain, on est à peine réveillés que débarque une Audi flambant neuve (pas encore de plaques) d’où sortent 3 pétasses complètement déchirées qui semblent sortir de boîte. Elles gloussent stupidement et font des selfies avant de repartir… la jeunesse dorée kazakh !

Les meilleures baursaks qu'on ait mangés jusqu'à présent (beignets de pâte)
Les meilleures baursaks qu’on ait mangés jusqu’à présent (beignets de pâte)

Notre dernière mission est de décrocher un visa pour l’Inde, notre destination d’hivernage (on a trouvé des billets directs et pas chers entre Bishkek et Delhi). On se renseigne auprès de l’ambassade de Bishkek, et il se trouve que les procédures sont bien plus simples ici alors. On décide donc de déposer notre demande immédiatement, car il faut 5 jours (6 en comptant un jour férié indien) et notre visa kazakh est valable encore 7 jours. Cela nous laisse le temps de visiter deux sites pas trop loins d’Almaty : le lac Kaindy et le canyon de Charyn.

Routes impeccables mais constamment congestionnées.
Routes impeccables mais constamment congestionnées.
DSC05951

Kazakhstan

DSC05941

Le passage de la frontière entre la Russie et le Kazakhstan se fait étonnamment facilement, c’est probablement un des passages les plus rapides du voyage (en dehors de l’UE) : 10 minutes de chaque coté. Il faut dire que les deux pays partagent une union douanière, donc il n’y a pas de papiers à faire pour la voiture. Et comme on a droit à 15 jours sans visa, on reçoit un tampon comme tout le monde et en voiture Simone ! Le plus long est d’acheter une assurance à la frontière. Visiblement on doit faire partie des premiers clients, le gars bataille avec son logiciel, se trompe sur la conversion des euros en Tengués … ça dure des plombes mais, son bureau est bien chauffé, et on finit par y arriver.  On a bien fait de prendre cette assurance car à l’entrée de la ville suivante, on se fait arrêter par la flicaille qui contrôle tous nos papiers et nous demande pourquoi on n’a pas de plaque d’immatriculation… on l’a perdue depuis bien longtemps en Mongolie, certainement en traversant une rivière à gué, mais vu l’absence de la maréchaussée mongole, on l’avait presque oublié.

DSC05900
Cilou après une visite au poste de police… (je déconne, c’est juste les chiottes du bistrot).

Cette fois, ils sont un peu casse-pieds, on doit les suivre au poste. Comme ils ne parlent pas anglais, ils nous passent une interprète par téléphone (un appareil complètement foutu qu’il faut tenir à l’envers). Elle nous demande pourquoi on n’a pas de plaque, pourquoi elle est tombée, pourquoi on ne l’a pas ramassée, ça dure un bon moment… On tente de lui faire croire qu’en France ce n’est pas obligatoire d’avoir une plaque à l’avant… Hum… De toute façon, ici pas question de circuler sans cette plaque. Bon, alors comment on fait ? On peut en faire une autre quelque part ? Ben non,  il faut aller au poste de police de la ville suivante, faire une déclaration de perte pour avoir une autorisation de circuler sans plaque avant… oui bien sûr, c’est promis, on y va… On file donc sans demander notre reste, et le lendemain on se fabrique une belle plaque d’immatriculation avec un bout de carton récupéré à la poubelle, nickel, ça fera l’affaire pour le reste du voyage, on espère.

DSC05904

Comme on le découvrira plus tard, les keufs sont très présents (surtout aux abords des grandes villes) et n’hésitent pas à dégainer le radar d’une main et le carnet à souche d’une autre (ou sans souche d’ailleurs, ils ne rechignent pas à de petits arrangements à l’amiable en cas de dépassement de vitesse ou si on n’a pas allumé ses phares). En Russie par contre, on s’était fait arrêter, mais c’était juste pour nous faire nettoyer la plaque arrière, pas l’ombre d’une tentative de nous tirer des roubles).

DSC05841-2

Les premières impressions sur le Kazakhstan sont assez banales : cela ressemble exactement à la Russie. Même maisons en rondins avec le tour des fenêtres sculptés en bleu, les panneaux sont en russe, au moins la moitié des habitants ont le type Européen. Comme on le découvrira plus tard, le Kazakhstan est coupé en deux, avec une partie nord très russe, et plus on descend au sud et plus on rencontre d’habitants au type kazakh et plus on voit de mosquées. Le climat sub-sibérien au nord se réchauffe considérablement au sud en approchant d’Almaty. C’est pas plus mal, d’ailleurs, parce qu’on on en a un peu marre de vivre dedans avec le chauffage. Quant à la nourriture, on passe du borch russe au plov ouzbèque. Et, il reste une valeur sûre : la shashlik (brochette). Il suffit de repérer la colonne de fumée au bord de la route qui annonce le barbeque et de commander : boeuf, poulet ou agneau (tendre et appétissant, contrairement au mouton mongol), même des champignons.

DSC06010
En haut : borch (russe), en bas : mantis (kazakh)

Changement de pays égale changement de monnaie et de carte SIM. Pour le premier, on galère un peu avec les distributeurs automatiques. On en essaie une demi-douzaine avec la visa et la master, aucun ne marche. On se rabat donc sur un bureau de change. La bonne nouvelle c’est que le Tenge (la monnaie locale) a été dévalué de 30% depuis août dernier, donc la vie est devenue moins chère (c’était parmi les pays les moins bon marchés de l’Asie centrale). On mange donc facilement pour 3-4€, et le diesel est à 0,30€ / litre, ce qui ne fait pas de mal au portemonnaie.

DSC05891

En croisant une station de remplissage de LPG, on repense à notre problème de bonbonne de gaz. Ce n’est pas un problème urgent, vu qu’on a encore de quoi cuisiner tranquillement pendant le reste du voyage, mais il faut trouver une solution pour la deuxième partie de notre périple, l’année prochaine. On a fait le choix (risqué) de partir avec deux petites bouteilles de 5kg, plutôt qu’une bouteille standard de 13kg, afin de pouvoir la caser sous la banquette. Le problème, c’est que ce genre de petite bouteille utilisent un détendeur très spécial, et qui ne se trouve qu’en France. Elles n’ont pas de raccord par pas de vis, mais le détendeur se clipse sur l’ouverture et fait office de robinet. Anticipant le problème, j’avais emporté un adaptateur vers un pas de vis standard, qui permet de brancher (par exemple) un chalumeau de plombier.

DSC05892

 

On avait déjà tenté le coup en Mongolie, à Oulan-Bator, mais ils nous avaient jeté, ils ne voulaient toucher qu’à leur bouteilles. Puis à Olgii, mais ils attendaient du gaz pour dans trois jours. Ici, à Ust-Kamenogorsk, on tombe sur un gars super-sympa qui se pose pas trop de questions, il va fouiller dans ses raccords tous rouillés et en sort un qui s’adapte parfaitement. La pompe calcule le poids du gaz injecté, donc on garde un oeil dessus. Malheureusement, le compteur ne bouge pas : en fait, ce genre de raccord comporte une valve anti-retour… donc impossible d’injecter du gaz dans la bouteille. On a donc un souci à régler d’ici le printemps prochain : soit bidouiller l’adaptateur pour faire sauter la sécurité, soit modifier notre agencement intérieur pour pouvoir installer une bouteille de 13kg locale, ou ce qui y ressemble : elles sont deux fois plus hautes, ce qui veut dire que cela empièterait sur notre couchage.

DSC05931

Le temps semble commencer à se lever, et plutôt que de faire directement la route jusqu’à Almaty, on décide de faire un détour par le lac Zaysan, d’où coule l’Irtych. L’Irtych (Ертiс en kazakh) est un des fleuves majeurs de l’Asie du Nord, et ici un barrage a créé un lac. Vu sa largeur, le lac ne se traverse qu’en ferry. Le capitaine, un Russe sympa, nous invite dans la cabine de pilotage. Il est content de discuter (enfin discuter est un bien grand mot car il ne parle pas anglais et nous ne parlons pas ni le Russe ni le Kazakh…) avec des touristes, il ne doit pas y en avoir beaucoup par ici. C’est une région proche de la frontière chinoise, il est vraisemblable que les étrangers aient besoin d’un permis, bref, on sait pas trop mais on se doute qu’on ne doit pas tout à fait être dans les règles. Mais bon, personne ne nous demande rien, on ne saura jamais ce qu’impliquent les panneaux « warning : border zone »…

 

DSC05922

IMG_0149

Le lendemain, après un joli (mais froid) bivouac au bord du lac, on arrive sur le site de Kin-Kirish que l’on avait repéré sur google earth : de très belles roches allant du blanc au violet en passant par le jaune et le rouge. C’est très beau mais pas très étendu, et finalement on regrette un peu ce long détour, d’autant plus que la proximité de la frontière nous oblige à faire demi-tour avant de de faire alpaguer par les gabelous.

IMG_0209
IMG_0208
IMG_0203
IMG_0183

Pour rejoindre la route principale il nous faut plus de temps que prévu car les routes sont complètement pourries. En fait, il y a deux types de routes au Kazakhstan : les toutes pourries et celles qui sont encore en construction. Et dire que certains font 3000 km sur ces routes pour traverser tout le pays d’ouest en est ! Comme en Mongolie, on prend des pistes parallèles la où la route goudronnée est devenue quasiment impraticable. Les paysages sont assez monotones, la moitié des constructions sont en ruine… bref, c’est pas là qu’on viendra passer nos vacances !

DSC06028

DSC06022

On se console en mangeant des champignons achetés au bord de la route : c’est la saison, visiblement il doit y en avoir beaucoup car cela ne coûte presque rien (3€ le seau). Plutôt que de faire la cuisine, on opte pour un bocal déjà préparé. Ils sont assez bons mais ce sont des espèces qu’on ne connait pas. Au fait, ce n’est pas par-là que les Russes ont fait tous leurs essais nucléaires il y a quelques années… ?

DSC05910

 

Pont sur la rivière Ider

DSC03424

Ulan-Bator

DSC03424

L’arrivée à Oulan-bator est un peu un choc, après presque deux mois dans la nature et à l’écart de la modernité. Au fur et mesure que l’on se rapproche de la capitale, le trafic s’intensifie et la route pourrie passe à 2×2 voies. Bientôt on entre dans la banlieue industrielle, on passe des fabriques de béton et des vendeurs de tracto-pelles, et surtout des stations-service toute neuves à la douzaine. Puis, soudainement, la circulation s’arrête, bloquée par un embouteillage monstre à cause d’une intersection en travaux. C’est la jungle, les voitures dépassent par la gauche, par la droite, sur le bas-côté et, bien sûr, personne pour régler la circulation. On croise quelques fourgons tout neufs marqués « traffic police » mais semble-t-il inutilisés.

DSC03358

Une voiture passe par le bas-côté pour doubler tout le monde par la droite. Elle essaie de nous passer devant, mais Cécile, en bonne Marseillaise, ne se laisse pas faire et colle la voiture précédente. Le gars s’en fout et avance encore. Finalement, il est coincé à 5mm de notre pare-choc avant, s’il avance il ruine son aile. Et bien que fait le Mongol ? il avance et ruine sa carrosserie sur notre pare-choc. Mais il n’a pas reculé, l’honneur est sauf ! On comprend mieux comment Genghis Khan à conquis les trois quarts de l’Asie.

DSC03374

Notre première objectif est de trouver le service de l’immigration afin de faire prolonger notre visa. On a déjà fait un aller-retour en Russie depuis Olgii pour obtenir de nouveau 30 jours gratuits, mais cette fois-ci on décide de payer pour une prolongation (1,5 € par jour supplémentaire). Ca nous laisse le temps de visiter le Gobi et revenir tranquillement vers l’ouest avant les premiers frimas. Le bureau est étonnamment bien organisé, on prend un numéro, on remplit un formulaire, on va payer à la banque et 1h après on a notre extension.

DSC03364

Deuxième tâche, acheter un visa kazakhs pour Laurent, vu que les Français ont droit à 15 jours sans visa. L’ambassade est fermée pour la pause déjeuner alors on patiente dans un café genre Starbucks et on fait un tour chez Ikea acheter une éponge (enfin, un tout petit Ikea, 30m2, ça repose!). Ca nous fait bizarre de se retrouver dans un environnement à l’occidentale. De retour à l’ambassade, la préposée me sort un document officiel qui décrète que depuis ce printemps les Suisses sont également inclus dans la liste des pays qui n’ont pas besoin de visa. J’aurais pu vérifier avant de partir, mais c’est une bonne nouvelle de toute façon.

DSC03401

Ensuite on contourne la ville pour aller voir à l’Oasis Guesthouse, le ghettos des overlanders à Oulan-Bator. En arrivant, mauvaise surprise : le jardin est tout petit et déjà encombré de plusieurs véhicules, dont deux camions équipés camping-car : un vieux camion tout pourri avec une famille de 5 Hollandais baba-cool et deux chiens et un tout moderne et hyper-équipé d’un couple de Suisses à la retraite. Il y a en plus deux land-rovers qui bougent pas, un van allemand pourri, etc.. et un land-rover tout neuf (et qui n’aime pas le diesel local) d’un couple de Français.

On va quand même se poser là où les Hollandais avaient monté leur étendage à lessive. A part ça, l’endroit est propre et plutôt bien organisé, quoique un peu cher – env. 7.5€ la nuit. On peut faire de la lessive et les douches sont chaudes et propres !

DSC03442

A part ça il y a aussi quelques motards – dont un Français qui s’est ruiné la jambe en tombant et qui essaie de se remettre avant de repartir vers Vladivostok en éclusant le stock de bières de la maison. Mais les motards ne se mêlent pas trop aux 4×4, c’est des espèces différentes – un peu comme les yaks ne se mêlent pas aux chameaux dans les troupeaux mongols. On voit aussi débarquer le couple en side-car Ural qu’on avait croisé à Tsetserleg ; ils ont l’air crevés, ils ont du en chier avec leur monstre sur les routes dégueulasses de Mongolie.. pas vraiment adapté. Ils se mêlent bien sûr aux motards, mais il faut bien dire que c’est quand même une race à part : quand la boîte a une marche arrière et s’il faut un cric pour changer une roue, c’est pas tout-à-fait la même philosophie que la moto.

DSC03395

On ne compte pas trop s’attarder ici. Le plus important étant de faire un peu de maintenance sur la voiture : un coup de soudure sur la galerie (c’est devenu la routine), changer des durits d’essence qui fuient mais surtout, vérifier le pont avant qui est un peu bruyant en 4×4. On commence par chercher un car cash pour éliminer les tonnes de boue accumulées sur les pistes qui empêchent de voir ce qui se passe sous la voiture. Pas évident, on en croise un ou deux de fermés, un qui avait une porte trop basse pour faire entrer la voiture – et qui refuse de travailler dehors. Finalement on en trouve un qui a une porte 5mm plus haute qui notre tente de toit.. et on repart avec une carrosserie shampouinée et brillante.

DSC03378

On se renseigne également pour trouver un mécano compétent. Il se trouve que à coté du guesthouse un Japonais a ouvert un atelier. Il a l’air correct et en plus il parle 2-3 mots d’anglais. Il a un peu de taf encore, mais on prend rendez-vous pour “plus tard”. En attendent, on démonte la moitié des banquettes et des parois pour sortir le tableau électrique et réparer les pannes électriques intermittentes qu’on a depuis quelques jours. En fait ce sont les interrupteurs qui sont corrodés et qui ne se ferment plus… apparemment, le matériel de marine ne supporte pas la poussière et les vibrations. Impossible de trouver du matériel de ce genre ici, donc j’arrose de dégrippant, je remonte et Insh Allah.

DSC03407

Bien sûr on sort aussi de notre ghetto, on prend le bus pour aller faire un peu de tourisme en ville. La réception de la guesthouse nous donne des numéros de bus foireux pour se rendre en ville (à peu prés tous les renseignements qu’ils nous ont donnés étaient foireux). On en prend un au jugé et il nous amène tout près de la place centrale. On se fait prendre en photo par des Japs devant le monument à Genghis, comme toute le monde. Je me souviens d’avoir passé presque une semaine ici il y a dix ans quand j’étais venu à moto. Mes souvenirs sont un peu flous, mais clairement la ville a complètement changé depuis. Ca ressemblait alors à une petite ville de province, alors que maintenant c’est plus proche d’une capitale asiatique : des buildings en verre, des 4×4 de luxe en pagaille, des pizzerias et des bars à espresso.. et un magasin Vuitton pour Cilou !

DSC03412

2 jours plus tard, donc, j’amène la voiture dans l’atelier du Japonais (ça passe tout juste en hauteur avec deux gars sur le pare-choc avant) et on commence par démonter les moyeux libres : de l’eau s’est introduite dedans, ça commençait à rouiller et les joints sont tous moisis. Le mécano part à la recherche de joints dans Oulan-Bator, ça lui prend quelques heures à cause la circulation mais aussi parce que les modèles de HZJ importés ici ont des moyeux automatiques. Finalement il revient avec la moitié des pièces – on remontera les autres à la pâte à joint. Plus inquiétant, de l’eau a pénétré derrière les joints du pont, donc on décide de le vidanger, heureusement il a de la bonne huile pour ça. Il travaille très proprement, à la Japonaise, en surveillant son ouvrier-apprenti Mongol. Par contre, c’est un quiche au poste à souder et il fait des cordons vraiment dégueulasses sur la patte de la galerie qu’il fallait renforcer (mais force est de constater que ça a l’air de tenir deux semaines plus tard).

 

 

DSC03441
DSC03439
DSC03444

 

Pendant ce temps, Cécile apprend à la fille hollandaise à faire un gâteau à la cocotte (voir son post à ce sujet). Coïncidence, c’est à ce moment qu’on tombe en panne de la première bouteille de gaz. Quelle synchro ! on change pour la deuxième bouteille qu’on transporte sur le toit. La bonne nouvelle, c’est qu’on a utilisé la moitié de notre gaz pour les deux tiers du voyage, donc on est à l’aise pour la suite. La mauvaise, c’est qu’après avoir cherché pendant toute une après-midi, on a échoué à la faire remplir sur place. Les Mongols n’aiment pas trop notre petite bouteille de 4kg avec un embout spécial pour détendeur particulier, même quand je leur montre l’adaptateur. On essayera ailleurs, peut-être dans une plus petite ville on trouvera un gazier qui voudra bien connecter notre bouteille et la remplir. Ou alors en Russie, ou au Kirghizstan.

DSC03452

Donc c’est après quatre nuits dans ce parking qu’on peut enfin repartir plein Sud, en direction du Gobi. On décide de faire l’impasse sur l’Est du pays, qui demanderait pas mal de temps, alors que l’été arrive à sa fin. On enquille donc une bonne route goudronnée qui nous mène aux portes du désert, 650 km plus loin.

IMG_8987

Hamburgers et pierres à cerf

DJI_0032

Après le lac Khövsgöl et le lac Terkhiin Tsagaan (voir posts précédents), on savait qu’on était bien sur la route des touristes, après avoir fait un mois dans l’ouest sans voir vu personne ou presque, ça change ! Cela se manifeste immédiatement par les travaux qui achèvent de goudronner la route qui va jusqu’à Tariat – on peut donc rejoindre le lac Terkhiin Tsagaan depuis Oulan-Bator entièrement sur route goudronnée – enfin, presque, comme on le découvrira plus tard, la DDE mongole étant sérieusement dépassée par la tâche d’entretenir ces routes.

DSC02661

Mais ne nous emballons pas, pour l’instant nous profitons du goudron neuf et lisse. Après quelques dizaines de kilomètres, on rejoint la rivière Chuluut, qui a ici creusé un canyon assez impressionnant. Et comme partout, lorsqu’un coin est connu et fréquenté par les touristes (en immense majorité des Mongols), ont  trouve des bouteilles de vodka vides et des tas de détritus un peu partout. Enfin, le coin est quand même assez sympa.

DSC02687

Un peu plus loin, avant d’arriver à Tsetserleg, non loin d’une rivière (franchie sur un pont, on s’embourgeoise…), se trouve une curiosité locale qui attire les touristes (mongols pour la plupart) par centaines : Taikhar Chuluu (Тайхар чулуу) un immense rocher planté là au milieu d’une plaine bien plate. Comme pour tous les endroits qui sortent de l’ordinaire en Mongolie, il est décoré d’écharpes bleues en soie et toutes sortes de légendes racontent comment il est arrivé là (aucune ne parlant de tectonique des plaques ou de géomorphologie, bien entendu). Le lieu est entouré de camps de yourtes et les gamins sont là pour attraper les touristes : d’abord, leur fourguer des pignons (c’est la saison), ensuite leur vendre une balade à dos de yaks, et finalement les attirer dans leur restau. Au moins, il n’y a pas de ticket d’entrée, mais le tout est très décevant il faut bien l’avouer.

DSC02717

Tout ce goudron – et la perspective de se rapprocher des circuits touristiques – ne nous emballe pas trop, surtout que Cécile a repéré une vallée où se trouvent de beaux exemplaires de pierres à cerf et autres tumulus (elle en a déjà parlé ici). On a donc retraversé le pont pour remonter la vallée de l’autre coté de la rivière. Mais notre premier monument, on l’a rencontré par hasard sur la place centrale du village qu’il fallait traverser, devant la mairie/préfecture/école.

DSC02739

Le temps est très orageux, on voit la pluie tomber sur les reliefs au loin. Avant de se faire rincer, et parce que le soir arrive, on monte sur une crête et on installe le bivouac avec une belle vue sur la vallée, mais avec un gros zéph qui fait osciller la voiture et nous oblige à nous réfugier à l’intérieur. Je sors le drone pour tourner quelques images mais avec un vent à 11-12 m/s, pas question de l’envoyer. Et puis soudain, le vent tombe complètement et le soleil passe sous les nuages pour nous offrir un coucher de soleil de toute beauté. Il reste à peu près 10 minutes avant qu’il ne passe derrière la montagne, alors j’envoie le drone et je fais quelques photos en même temps…

DSC02772

Puis le vent reprend et le froid s’installe, on se réfugie dans la voiture pour manger… un gâteau aux abricots ! merci Cilou.

DSC02789

Le lendemain, le temps s’est levé et le vent tombé. On ne fait pas 1/2h sur la piste qu’on tombe sur les premiers sites archéologiques, en fait tout simplement des tumulus (tumuli ?) et des pierres levées telles qu’elles sont restées depuis des millénaires. Elles sont bien conservées et pas du tout saccagées, même si les tumulus on parfois été fouillés, soit par des archéologues, soit par des chercheurs de trésor.

DJI_0026

Un berger vient à notre rencontre à cheval, peut-être qu’ils surveillent un peu les sites pour empêcher les dégradations ? il nous fait signe que d’autres pierres se trouvent plus loin; les Mongols ont l’air conscients de leur héritage culturel et je pense qu’ils sont sensibles à leur conservation.

IMG_8998

Effectivement, il ne faut pas trop chercher pour trouver 2 ou 3 autres monuments avec des pierres gravées très bien conservées, parmi les plus belles qu’on ait vues jusqu’à présent.

DSC02829

Cécile a une vague carte topo extraite d’un article scientifique qui indique les pierres trouvées dans la vallées, il y’en a apparemment beaucoup. On repart en zigzaguant dans une vallée latérale et on tombe encore sur des sites magnifiques… c’est très calme, dans la nature vierge (enfin, broutée par les moutons et les yaks), parsemée de quelques yourtes.

¨

DSC02857

Les archéos les appellent “pierre à cerf” parce que des cerfs sont dessinés dessus, mais bon, je veux bien, mais des cerfs avec un long nez de canard ? pourquoi ce serait pas des “pierres à canard” avec des canards à quatre pattes, hmmm ? Bref.

DSC02937

Sur le dernier site, un gamin vient nous voir avec son cheval, très intéressé par ce qu’on fabrique ici. On remarque alors l’utilité des pierres dressées pour les locaux, c’est très utile pour attacher son cheval ! en effet, il n’y a pas un arbre à l’horizon.

DSC02967

L’air de rien, on se retrouve dans une vallée latérale, et pas trop l’envie de revenir sur nos pas le long de la Tamir, la piste est pas en très bon état et on aime jamais refaire deux fois la même chose. Donc on essaie de faire une boucle en remontant la petite vallée. Pas de piste sur la carte, mais en Mongolie, quand il y a des yourtes il y a presque toujours une piste. Celle-ci passe un petit col facile, puis un autre nettement plus raide et en dévers… et dans une forêt de mélèzes, ce qui est excessivement rare dans cette région où les pousses d’arbres sont systématiquement broutées avant de pouvoir grandir.

DSC02995

En redescendant de l’autre coté, sur un piste à peine tracée, on croise deux gars à moto qui nous font signe de nous arrêter ; on n’a toujours pas de plaque d’immatriculation à l’avant et avec notre 4×4, impossible de dire de loin si on est des touristes ou des locaux. Ils rigolent bien quand on s’arrête à leur hauteur et qu’ils remarquent qu’on est étrangers, ils se demandent d’où est-ce qu’on peut bien venir, il n’y a que leur yourte au fond de la vallée…

DSC03002

On remarque aussi une tache d’herbe un peu plus claire. En y regardant de plus près, on réalise qu’ils ont fait les foins sur à peu près 200 m2… et c’est tout. Bel effort, mais quel est le projet ?? C’est bien la première fois qu’on voit de l’herbe fauchée, à part une poignée de champs cultivés.

DSC03003

De retour sur la route principale, on enquille un bon goudron pour arriver à Tsetserleg, une petite ville capitale de province, qui n’est ni plus excitante ni plus attachante que toutes les autres petites villes que l’on a pu traverser (quoiqu’en disent les guides touristiques). Toutefois, étant idéalement placée à quelques kilomètres d’attractions majeures, on y trouve une bonne infrastructure hôtelière. On s’est très facilement laissé attiré par le Fairfield Guesthouse et son restaurant qui sert des énormes hamburgers australiens (et des vrais légumes !).

IMG_20150822_145633325Cette fois c’est clair, on est sur les circuits touristiques. La suite le prouvera encore plus.

 

10 ans après

.. ou neuf ans plutôt, car c’est en 2006 que je suis venu en Mongolie pour la première fois – à moto à l’époque. J’ai beaucoup oublié depuis, mais j’ai retrouvé le pays tel que je m’en souvenais, avec quelques différences majeures toutefois.

Le passage de frontière est toujours identique, le goudron s’arrête précisément là où commence le territoire mongol. Par contre, une vingtaine de kilomètres plus loin, grosse surprise : un goudron (presque) neuf ! Pour une raison que seuls les Mongols connaissent, la nouvelle route s’arrête quelques km avant la frontière. Elle fait environ 100 km en direction de Olgii et du lac Tolboo.

DSC06631

Deuxième choc en arrivant à Olgii : là où je me souvenais d’une ville décrépie, où on se promenait dans l’obscurité totale dès la nuit tombée, où on avait trouvé un seul hôtel pour se loger, et guère plus de station service, nous débarquons par une avenue bordée de lampadaires. Et des stations-service flambant neuves, pas une mais au moins cinq l’une à coté de l’autre.

En 2006..
En 2006…
.. et en 2015
… et en 2015

A Oulan-Bator il y a 9 ans on voyait déjà l’argent arriver et transformer la ville ; mais les villes de province étaient à l’écart, dans un autre monde. On voyait déjà beaucoup de 4×4 et des voitures japonaises dans la capitale, mais en province c’était principalement des jeeps et des vieilles camionnettes russes qui dominaient. Plus maintenant. En arrivant à Olggi, on ne croise plus que des Landcruisers de dernière génération, des Prius, et même.. des Hummers ! Pas de doute, c’est le signe de nouveaux riches qui ne savent pas trop comment dépenser les millions qui viennent de la vente de leurs ressources naturelles : mines de charbon et de cuivre, uranium, etc… En parlant de charbon, c’est en arrivant à une mine qu’on a trouvé la plus belle route du pays. Qui ne sert apparemment qu’aux camions qui transportent le charbon vers la Chine ! Le progrès ne profite pas à tout le monde.

DSC09894

Les plus petits villages ont aussi évolué : en général, le progrès commence par la pose de lampadaires, d’une station service moderne (pour remplacer la pompe actionnée manuellement) et surtout, un poste de police flambant neuf. Est-il vraiment indispensable que les flics aient un nouveau bâtiment avant les profs ?

DSC09322

Autre signe de modernitude : la multiplication des relais GSM, qui permettent de communiquer avec son portable dans chaque bled ou presque. Exit donc les femmes assises au bord de la route avec un téléphone portable qui faisaient office de cabine téléphonique ; tout le monde semble être connecté par portable actuellement. Par contre, pas de 3G hors des villes importantes : Facebook n’a pas encore complètement envahi la vie des Mongols. Mais en ville, comme dans beaucoup de pays en voie de développement, il est très facile de se connecter à internet avec son smartphone. Il y a 10 ans, il fallait trouver un café internet à Ulan-Bator (qui ont quasiment disparus depuis) pour lire quelques mails, ensuite on était déconnecté pendant le reste du voyage – ce qui, d’un coté, n’était pas plus mal.

DSC07952

Heureusement, dans la campagne la vie nomade n’a pas changé du tout. Bien sûr, on voit souvent une antenne satellite à coté de la yourte mais c’est déjà le cas depuis longtemps, et les petits postes TV ont largement plus de 10 ans. On voit un peu plus de voiture de tourisme près des yourtes et moins de jeeps russes, un signe de richesse probablement alors que la jeep est quand même plus pratique sur ce genre de routes. La moto reste comme toujours le moyen le plus économique et pratique pour se rendre en ville depuis son campement.

IMG_8460

Un autre changement important lorsqu’on vient dans ce pays en voiture ou en moto, c’est la possibilité d’avoir des cartes sur son GPS. Si le GPS était déjà facilement disponible à l’époque, il n’y avait guère que des cartes très générales que l’on pouvait charger – les grandes axes uniquement. Il fallait naviguer surtout au cap et avec des cartes peu précises. Depuis lors, Openstreetmap à révolutionné le paysage et même si la couverture du pays y est encore très partielle, c’est à des années-lumières de ce qui était possible il y a seulement quelques années. Avec un risque, qui est celui de rester bloquer sur son écran plutôt que d’ouvrir les yeux, chercher la piste et tenter des routes impossibles – ou simplement qui restent à découvrir.

La bonne nouvelle est donc qu’il est toujours possible de traverser le pays en se plongeant dans la vie nomade, et visiblement les changements sont assez lents pour que cela reste le cas pendant de longues années. Il faut juste éviter Oulan-Bator et les grandes villes, ainsi que les centres touristiques majeurs et on pourrait presque se croire à l’époque de Genghis Khan.

DSC00469

IMG_7704

Génie civil dans la steppe

IMG_7717Les Mongols sont traditionnellement nomades et vivent dans une yourte (qu’on appelle ici “gir”, mais on va garder le nom “yourte” pour simplifier). Cette tente est non seulement très confortable, mais aussi étonnamment facile à monter et démonter. Autrefois, le transport de la yourte se faisait à dos de chameaux, mais depuis les camions ont remplacé les quadrupèdes bosselés.

On a eu l’occasion de croiser une famille qui déplaçait sa tente, alors on s’est joint à eux pour assister à l’opération de montage (et faire semblant de donner un coup de main, bien qu’ils en aient pas besoin).

Tout d’abord, le choix du terrain : cette partie nous échappe un peu, on a l’impression qu’ils sont déplacé leur yourte de 500 mètres. Quoi qu’il en soit, une fois l’emplacement choisi, on rapproche le camion et on commence à décharger les pièces.

ger-1

On reconnait la porte, les parois en caillebotis et le tonoo, la pièce en forme de roue qui servira d’ouverture centrale, mais aussi et surtout qui soutiendra les perches qui forment le toit.

ger-2La toute première pièce du puzzle à poser est la porte : elle détermine l’exposition de la yourte. Ensuite, les caillebotis qui donneront la rigidité aux parois (hmmm… à la paroi, il y en a qu’une, circulaire, mais la circonférence dépend du nombre de murs / caillebotis qui sont utilisés) sont posés et attachés entre eux et à la porte pour former une structure à peu près circulaire (elle sera ajustée parfaitement plus tard grâce aux perches).
ger-4ger-5

Pendant ce temps, Cécile aide à décharger les perches.
ger-6

 

Mais avant tout, il faut placer la couronne, la clef de voûte qui va les soutenir et offrir une ouverture afin d’évacuer la fumée du foyer et amener un un peu de lumière.

ger-7La couronne est soutenue par deux piliers qui sont attachés par des cordelettes.  ger-8

Finalement, on dresse la couronne et on la place à son emplacement définitif, au centre, face à la porte.ger-9On peut ensuite poser les perches entre les parois et la couronne. Elles sont simplement insérées dans les trous prévus pour dans la couronne, et attachées avec une ficelle aux murs. Lorsque la paroi extérieure sera sanglée, elles seront solidement fixées.

ger-10 ger-11 ger-12

La longueur des perches donnera une forme circulaire à l’extérieur. On donne un coup de main, mais je soupçonne le patron de discrètement vérifier notre boulot après pour ne pas recevoir leur plafond sur la tête dans quelques heures…ger-13Il faut encore bien aligner les piliers avec la porte et faire quelques réglages, après ce sera trop tard.

ger-14

Voilà, ça commence à ressembler à quelque chose. Prochaine opération, couvrir le toit. On commence par une simple toile de coton.

ger-15 ger-16 ger-17 ger-18Puis vient la première couche de feutre épais pour l’isolation.

ger-19 ger-20 ger-21 ger-22Ensuite c’est le tour des parois, encore du feutre mais agrémenté d’un patchwork de vieux t-shirts et pantalons. Ce n’est pas pour la décor, tout cela sera caché. Plutôt pour aider à la manipulation du feutre.

ger-23 ger-24 ger-25 ger-26Comme les hivers sont rigoureux, et les étés chauds, on ajoute une deuxième couche de feutre sur le toit.

ger-27 ger-28Seule (ou presque) concession à la modernité, on insère maintenant un plastique pour contrer l’humidité.

ger-29 ger-30C’est presque fini, il faut encore ajouter une bâche en coton épais qui protègera le feutre des intempéries (toujours en gardant l’ouverture au centre du toit). En effet, le coton mouillé devient imperméable.

ger-31 ger-32 ger-33 ger-34Enfin, la dernière couche, qui lui donnera son bel aspect blanc éclatant, une toile en coton fin.

ger-35 ger-36 ger-38 ger-37Un gamin monte sur le toit pour ajuster la toile, c’est la preuve que c’est du solide ! (on respire).

ger-39 ger-40

Une partie de la toile est mobile, elle permet de couvrir l’ouverture du toit quand il pleut.

ger-41Dernière opération de gros-oeuvre, on sangle le tout de trois rangs de corde pour rigidifier la structure et empêcher la toile de s’envoler.

ger-42 ger-44

 

Pendant ce temps, les nanas s’ennuient alors elles décident d’appeler leurs copines grâce au réseau GSM qu’elle captent avec une antenne râteau (on est à proximité d’un bled, ça passe pas partout).

ger-43

Maintenant que le bâtiment est hors d’eau, on peut passer à l’aménagement intérieur.

ger-45

On commence par la pièce centrale et la plus importante : le poêle. ger-46

Non seulement ça chauffe la yourte (-30, -40 en hiver quand même), mais en plus il faut faire à manger.ger-47 ger-48On installe la cuisine… aïe, fallait peut-être la poser avant les murs ?

ger-50

Non, ça passe en souplesse.

L’hospitalité mongole étant ce qu’elle est, impossible de partir avant qu’on ait mangé quelque chose (des nouilles avec du mouton).

ger-51 ger-54Un peu de déco intérieure pour cacher la structure en caillebotis.

ger-52

Et voilà, il reste encore à installer le mobilier (les deux lits et le commodes).

IMG_7732

Un petit selfie avec les touristes qui comprennent rien à ce qu’on leur dit…

ger-49.. et on peut manger (y compris le biberon pour l’agneau qui vient de naître et dont la maman est morte).

ger-53

En accéléré, ça donne à peu près ça :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20150708-8

Premières images de Mongolie

On va se trouver sans internet pendant un certain temps, donc voilà déjà quelques images en vrac.

20150708-11
20150708-10
20150708-8
20150708-7
20150708-6
20150708-5
20150708-4
20150708-3
20150708-2
20150708-1
20150709-12
DSC06550

La Mongolie, enfin !

20150705-3

Petit retour sur la sortie de Russie. Barnaul est la dernière grande ville que l’on a traversée, et comme dans chaque ville russe il y a pléthore de “remont” et “garaj”, c’est à dire de petits garages qui s’occupent de remettre en état les épaves soviétiques et même les bagnoles japonaises toutes neuves. On en voit d’ailleurs de plus en plus qui viennent directement du Japon, car elles ont la conduite à droite. En effet, à partir d’ici on est plus près du Japon que de l’Europe, et donc les occasions sont moins chères à faire venir depuis là-bas.

DSC06076

On s’arrête quand même au concess’ Toy du coin, un grand bâtiment tout neuf qui vend exactement les mêmes voitures que chez nous. Aucun intérêt, donc, on leur prend juste un filtre à huile – il est plus simple de trouver la bonne référence ici que chez des indépendants. Ensuite on se dirige vers un de ces ateliers qui semble à peu près bien tenu, on se présente à la réception, on choisit son huile (Mobil 10w40, pas de 15w40 chez eux) et hop! une demie-heure plus tard c’est réglé.

On en profite pour faire le plein d’eau également (pour la douche, pas pour le moteur), car il n’est pas toujours évident de trouver un tuyau par ici. On repart ensuite en direction des montagnes mais comme la traversée de Barnaul, la vidange et la pause shashlika (brochette) ont pris un peu de temps, on fait un dernier bivouac-moustique dans un champ. On essuie un orage pendant la nuit, mais rien de grave.

IMG_6966

C’est le lendemain qu’on entre effectivement dans l’Altaï, qui est une chaîne de montagnes qui culmine vers 4000m. Comme vous avez pu le lire auparavant, Cécile respire de voir enfin du relief. La route prend progressivement de l’altitude et – grande nouveauté – on voit des touristes. Pas des cars de Japonais, quand même, faut pas pousser, mais pas mal de Russes, car l’Altaï est renommé dans toute la Russie pour ses paysages magnifiques. C’est vrai que c’est beau, mais surtout pour les Sibériens, voire pour les Bretons ; pour les Suisses, c’est quand même assez semblable aux Alpes.

Malheureusement, le temps vire aussi à la pluie ; de fait, vu la végétation, il doit souvent pleuvoir par ici. A Gorno-Altaïsk, la capitale régionale, on fait un petit détour en ville pour essayer de trouver le bureau du FSB (ministère de l’intérieur, ex-KGB) pour confirmer qu’ils ont bien reçu notre demande de permis qu’on avait envoyée par e-mail avant le départ. On avait l’intention de prendre une petite piste qui part en direction de Tuva, mais comme elle passe à moins de 50 km de la frontière mongole, il faut obtenir une autorisation. On tourne en rond sans trouver l’endroit, les locaux ne nous aident pas et Google Maps non plus, donc on décide de continuer et passer au FSB de Kosh-Agatch, près de la frontière (ce qui s’avérera être une mauvaise idée).

IMG_6996

 

La route est relativement longue, quoiqu’en bon état. On passe d’une vallée à l’autre et on longe de très jolis pâturages. Cécile est très excitée parce qu’on passe dans une particularité géologique très rare, qu’elle a d’ailleurs déjà décrit sur une autre page. C’est plutôt sympa de se promener et d’imaginer comment pouvait être le paysage il y a 10’000 ou 20’000 ans. On continue à grimper et on quitte progressivement les paysages verdoyants pour des prairies plus arides. Il se fait tard et il faut régler un autre problème : notre batterie auxiliaire qui est méchamment à plat (tout ça pour pouvoir se laver les cheveux à l’eau chaude… tss, tss!). En principe, c’est très mauvais de les laisser se décharger jusqu’à 6 volts, et d’ailleurs cela déclenche une alarme sur le coupleur-séparateur de batterie quand on redémarre le moteur (et après que je l’aie remis dans le bon sens… hem). Mais c’est une bonne batterie, on a bon espoir de la ressusciter. On s’arrête à Aktash et on trouve un petit garage qui accepte de brancher notre batterie sur son chargeur. Il tique un peu en voyant le voltage, en principe les chargeurs ont une sécurité et refusent de charger une batterie en-dessous de 10 volts. Mais non, son vieux bidule envoie 10 ampères, donc on est sur la bonne voie. Ils nous dit de revenir dans une heure, et comme il commence à faire nuit (et un froid de canard), on décide de chercher un hôtel dans le bled. En revenant plus tard, la batterie est à 11 volts, donc elle n’a pas souffert.

20150704-2

C’est l’occasion idéale de faire découvrir à Cécile le principe du “banya”, le sauna local. Tous les hôtels par ici se doivent d’offrir le banya et celui qu’on trouve ne fait pas exception. C’est même le seul endroit pour se laver puisque le bâtiment tout neuf n’a pas (encore ?) prévu de douches ni d’eau chaude. Le banya est une petite cabane à part, entièrement en bois à part l’emplacement pour le poêle. On entre, on se déshabille et on passe dans la deuxième pièce où il fait déjà nettement plus chaud. Là on a de l’eau chaude et froide à disposition pour se laver ou se rincer. Une troisième porte donne accès au sauna lui-même, où on est sensé de faire suer avant de se refroidir à l’eau glacée. C’est un peu trop chaud pour Cécile qui préfère profiter de l’eau chaude dans la “salle de bain” (pfff… quelles mauviettes ces Marseillais !). Mais qu’est-ce que ça fait du bien.(non, non, désolé, pas de photos !)

Dans un supermarché de Russie, remplissage des bouteilles de bière à la pompe. Env. 1,5€ le litre.
Dans un supermarché de Russie, remplissage des bouteilles de bière à la pompe. Env. 1,5€ le litre.

Le lendemain, Cécile nous fait sortir de piste et me raconte l’histoire des petites collines, qui donc ont été formées au fond d’un lac lorsqu’il s’est vidé brusquement (si j’ai bien compris). Puis nous arrivons dans l’après-midi dans la dernière ville avant la frontière. On trouve cette fois un local typé mongol (on est toujours en Russie mais ils ont tous le type mongol et parlent le mongol) qui nous donne la direction du FSB. C’est un grand complexe de bureaux et d’immeubles d’habitations entourés de murs et de barbelés. On essaie de se faire comprendre à l’interphone mais la barrière de la langue fait qu’on attend bien 20 minutes que quelqu’un vienne au portail et qu’on puisse leur montrer le formulaire que l’on avait envoyé. Finalement le message a l’air de passer et on nous amène dans le bureau où on remplit les demandes. Les employés sont assez sympathiques et essaient de nous aider, ils dénichent même un petit jeune qui baragouine 3 mots d’anglais, c’est inespéré.

20150706-1

On arrive à leur faire comprendre qu’on a déjà envoyé un formulaire par e-mail mais visiblement à la mauvaise adresse parce qu’ils n’ont rien reçu. Le gars me montre alors sur le mur une affiche avec l’adresse e-mail du bureau… sauf que c’est pas la bonne non plus ! une fonctionnaire nous dit “niet-niet” et part chercher le renseignement. Elle revient 10 minutes après, en nage, et commence alors un conciliabule à trois pour essayer de retranscrire l’adresse en caractère latins (les adresses e-mail et de site internet russes s’écrivent normalement en caractères latins, et non pas cyrilliques). Ils ont bien du mal mais arrivent à un consensus – qu’on refilera aux suivants s’ils désirent obtenir le fameux permis. Quand à nous, ils nous faudrait attendre 20 jours.. mais peut-être que demain c’est possible, nous dit le petite jeune, après qu’il en aura parlé avec son chef. Ca nous parait suspect, mais pourquoi pas tenter le coup ? De toute façon il est trop tard pour passer la douane ce soir. Il faut repasser demain matin vers 10h.

DSC06554

Ok. On décide donc d’aller nous poser un peu plus loin, au bout de la plaine là où commencent le montagnes. On roule un moment et on tombe sur un check-point de l’armée. Et oui, on est déjà dans la zone des 50km, donc dès qu’on sort de la route principale il nous faut un permis. Devant nous sont arrêtées deux camionnettes et un mec au look de trekker qui est en train de bouffer une tartine en attendant. Quand il voit nos plaques il s’approche et nous salue en français. On a à peine le temps de lui demander ce qu’il fait par ici quand Cécile sursaute de son siège : elle vient de reconnaître un collègue à elle qui sort de la camionnette ! 8000 km de route et on tombe sur des géographes en mission dans l’Altaï..! gros fous rires et séance de photos avant qu’on se fasse rabrouer par les militaires. On rebrousse chemin et on se pose au milieu de la plaine à l’abri d’un gros bloc erratique. On avait à peine commencé l’apéro qu’on se fait de nouveau déloger par une patrouille. On redescend alors la route principale sur quelques kilomètres pour se planquer non loin derrière une butte.

DSC06606Le lendemain, on retourne au bureau de nos amis de la securitate, enfin du FSB. Là, pas moyen de franchir le portail, on nous laisse moisir dehors pendant une heure. On décide alors de se faire une tasse de thé avec deux routards français complètement paumés qui essaient également d’obtenir ce fameux permis. Enfin, la fonctionnaire avec qui on avait “parlé” hier arrive et nous dit de revenir à 15h30. Ca nous arrange pas trop parce que ça nous fait perdre carrément une journée. Mais puisqu’on est là… et qu’il y a de la 3G sur notre téléphone, on fait un peu de blog et d’internet. Puis je cuisine des röstis sur le parking, fallait bien ça pour nous redonner des forces. Finalement, le big boss arrive vers 16h et peu après le petit jeune arrive et nous annonce que c’est définitivement “niet” : il faut impérativement un délai de 20 jours. Bon, le permis c’est pas si grave, on trouvera d’autres pistes sympa, mais perdre une journée pour ça… On repart en trombe en direction de la frontière et pour essayer de passer avant la fermeture. On arrive un peu avant 17h, mais bloqués par une file de 14 voitures. Qui n’avancent pas du tout. On comprend que la douane ferme et que plus aucune voiture ne passera aujourd’hui. Hors de question de bouger et perdre sa place, d’autres voitures s’entassent déjà derrière nous.

IMG_20150707_173908577Nos voisins partent à pied chercher une chambre dans le seul (?) hôtel du patelin paumé qui jouxte les bâtiments de la douane. Vu le nombre de personnes qui attendent, la plupart ne trouveront pas de place et devront passer une nuit glaciale dans leur voiture. Nous on a les matelas à l’arrière et les sacs de couchage, donc on passe une très bonne nuit. Le lendemain on remarque que la queue fait maintenant au moins 50 voitures. On fraternise avec un Kazakh prof d’anglais qui retourne voir la famille en Mongolie. L’ouest de la Mongolie est peuplé de Kazakhs et beaucoup ont émigré lors de l’indépendance du Kazakhstan pour chercher du boulot. Ils reviennent en général pour le nadaam, la fête nationale, qui est dans 3 jours. Ceci explique l’afflux inhabituel de voitures.

DSC06609DSC06608Le lendemain matin, lorsque la douane ouvre, les douaniers russes mettent les bouchées doubles et notre tour arrive relativement vite. Par contre il n’y a qu’une douanière à l’immigration et on se les gèle grave en attendant se faire tamponner le passeport. On appréhendait un peu la fouille du véhicule mais tout se passe très vite, ils demandent juste d’ouvrir un coffre à l’arrière et d’enlever la bâche de la tente. Après 3/4 d’heure on peut repartir pour les quelques kilomètres qui séparent la douane russe de la douane mongole. Entre deux, au col, la frontière physique est marquée par une grille et… la fin du goudron ! Welcome to Mongolia !

En descendant sur la douane mongole, on se fait d’abord alpaguer par le point de désinfection ; erreur de débutant on aurait dû la jouer au bluff et passer à coté comme les autres. Mais bon, le gars nous gicle les pneus de je-ne-sais-quoi et on passe à la caisse : 1000 tögrögs (50 centimes) ou 100 roubles pour les touristes qui n’ont pas de monnaie locale (1,5 €). Bon petit bénéf pour le gars et avertissement pour nous : on n’est pas dans le coup !

La douane mongole est beaucoup plus chaotique que chez les Russes, ils en oublient même de regarder dans notre voiture. On s’y perd un peu, mais on arrive finalement à (dans l’ordre): passer l’immigration, obtenir un permis pour la voiture, changer de l’argent et acheter une assurance. Tout compte fait, il nous aura fallu deux heures et demie pour passer les deux douanes. En plus, pour se venger du passage en désinfection, on a fait de nouveau descendre la cylindrée de notre voiture à 2100 cc, c’est toujours ça de gagné sur le prix de l’assurance. Mais c’est pas fini, 100 mètres après la douane, nouvelle barrière, cette fois pour une taxe routière. Le mec commence par me donner un prix en rouble, environ 8€ ; pas deux fois, l’ami, donne-moi plutôt le prix en monnaie locale : 5,5€. Ok, bien essayé.

Pour fêter notre entrée en Mongolie, on s’arrête immédiatement pour manger nos premières bouses, enfin, des “buuz”, des raviolis mongols fourrés à la viande de mouton. Pas mal du tout (bien sûr, faut aimer le mouton, mais si ce n’est pas le cas il ne faut pas venir en Mongolie !).

DSC06621

globe

Temps relatif

20150703-1L’avantage avec les voyages en voiture, c’est qu’on ne souffre pas de décalage horaire. On se lève et se couche en fonction du soleil, c’est tout. Mais sans s’en douter, on dérive lentement. L’autre jour, on se réveille au petit matin et on décide de partir tôt pour enquiller de la route. Jusqu’à ce que Cécile jette un coup d’oeil à la montre du tableau de bord et manque de s’évanouir : il était 4h30… heure de Marseille ! On ne l’avait pas mise à jour depuis notre départ.

Pour rejoindre la Mongolie, on doit partir plein est, donc en direction inverse de la rotation de la terre. On ne va pas très vite, mais on avale quand même environ 600 km par jour, ce qui correspond (à cette latitude très au nord), à environ 10 degrés de longitude, équivalent à environ 40 minutes de décalage horaire. On vit donc des journées non pas de 24h, mais de 23h20. Pas assez pour avoir des problèmes pour dormir, mais assez pour perdre la notion de l’heure – en même temps, on a pas vraiment besoin de savoir quelle heure il est, on avale du goudron, c’est tout.

Projection de Mercator
Projection de Mercator

 

La Russie est non seulement très étendue mais aussi très au nord, deux facteurs qui font que sa représentation sur une carte avec une projection Mercator habituelle est trompeuse. (elle déforme beaucoup les régions nordiques). Une manière de s’en rendre compte est de tracer le trajet intuitivement le plus court, en « ligne droite ». Bien sûr il n’y a pas de ligne droite sur une sphère, donc ce que l’on voit comme une ligne droite sur une projection de Mercator est en fait une ligne courbe qui suit le méridien à angle constant (à angle droit pour un trajet Marseille – Dalazandgad). Mais ce n’est pas le trajet le plus court : pour cela il faut tracer un « grand cercle », qui est représenté sur ce genre de cartes par une grande courbe.

Projection conique
Projection conique

Attention : un peu de trigonométrie sphérique suit, allergiques passez votre chemin.

Pour avoir une meilleure idée, il faut prendre une projection conique, ici centrée sur la Volga. on remarque dès lors que le tracé à latitude constante effectue en fait un large détour. La différence est de 5% environ : 7500 km contre 7900 km. Ca c’est la théorie, utile pour les compagnies aériennes. En voiture, on va également choisir les grands axes qui sont plus roulants que de petites routes, même s’ils font des détours. Pour nous, la route fera 9500 km environ.

Dans tous les cas, le fait de remonter au nord raccourcit la trajet. Comme on l’a vu plus haut, parcourir 600 km vers l’est (à vol d’oiseau) à 56 degrés de latitude (sud de la Sibérie) fait gagner 10 degrés de longitude. A la hauteur de Marseille, 43 degrés nord, 600 km ne font que 7,5 degrés, donc 30 minutes de décalage par rapport au soleil. Lors de l’inauguration du transsibérien, au début du 20e siècle, chaque gare ou presque avait sa propre heure, c’était donc assez compliqué de créer des horaires… Actuellement, les horaires du transsibérien sont à l’heure de Moscou, cela simplifie la lecture. Les Russes ont un système assez compliqué de fuseaux horaires qui n’est pas très régulier, on passe parfois 2 heures d’un coup. En plus, les Mongols on réussi à créer un changement de fuseau pour la partie extrême ouest du pays… quoique dans les faits, j’imagine que les habitants se soucient peu de l’heure officielle. Notez que les Chinois, eux, pragmatiquement, on décidé que tout le monde vivrait selon l’heure de Pékin, même si le pays recouvre en fait 4 ou 5 fuseaux.

 

globe

20150627-4

Le point sur la route

DSC05633

Les belles autoroutes occidentales sont déjà un lointain souvenir. La dernière vraie autoroute à voies séparées et sans intersections, on l’a quittée à l’est de la Pologne. Grâce aux subventions de l’Europe, on a eu droit à un goudron impeccable, des dizaines de kilomètres de parois anti-bruit en campagne et des aires d’autoroute désertes avec des dizaines de pissoirs tout neufs. Visiblement, peu de trafic passe entre la Pologne et l’Ukraine.

Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.
Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.

Arrivés en Ukraine, on change de monde : le goudron se dégrade et on roule sur de la 2 pistes, parfois 4 pistes séparées. Ca, c’est pour le grand axe qui traverse le pays. Dès qu’on quitte le réseau principal, on a droit soit aux nids-de-poule, soit, si on a de la chance, à un chemin en terre. Les routes des villages sont défoncées.

DSC05618
Vendeuse de myrtilles. Si, si, c’est tout ce qu’elle a à vendre.
DSC05638
Ravitaillement en bière et en barbaque pour le soir.

On ressent bien l’entrée dans le monde ex-soviétique. Pour moi qui ait déjà circulé en Russie, je retrouve mes repères : des ladas pourries, beaucoup de bagnoles de riches, très peu de charrette à cheval, des “Кафе” ou on peut boire un café et manger une soupe, des “продукты” (épiceries) pour se ravitailler en bière et vodka, des vendeurs au bord de la route, des flics aux intersections avec radar en main.

 

Les règles de circulation sont un peu difficiles à discerner, surtout les débuts et fin de limitations de vitesse (c’est voulu, j’imagine). Le mieux c’est de se caler sut les locaux. Les bagnoles roulent tout le temps à fond donc quand tout d’un coup ils sont tous à 50 km/h, c’est pas le moment de dépasser : le keuf n’est pas loin. Le truc que j’utilisais à moto en Afrique marche ici aussi : choisir un bahut qui roule à bonne vitesse et se planquer derrière. Trois avantages :DSC05636

  1. Le routier connait le pays et sait quand il faut ralentir (les appels de phares pour avertissement sont couramment utilisés, mais peut-être que la CB marche aussi entre les routiers).
  2. Comme on est cachés par le camion jusqu’au dernier moment, le flic pourri aura pas le temps de trouver sa proie et de nous faire nous arrêter.
  3. En roulant sans personne devant, on s’expose aux dépassements “suicidaires” des camions d’en face qui estiment qu’on n’a qu’à se ranger sur le bas-coté pour leur laisser la place s’ils ont mal calculé leur coup.

L’état lamentable des routes fait que notre moyenne baisse sensiblement. On n’a pas non plus le talent (ni les chevaux) pour dépasser les camions comme les locaux. Il faut aussi traverser des villes qui n’ont pas forcément de route de contournement – on passe bien 1 heure à contourner Kiev.

DSC05688

En tous les cas, on passe l’Ukraine sans accroc. On aurait aimé s’arrêter pour visiter un peu (en particulier Cracovie, L’viv, Kiev), mais d’abord on est un peu pressé, d’autre part visiter en ville avec un 4×4 est toujours un peu compliqué : trouver son chemin dans les rue, trouver un hôtel avec un parking gardé, etc..

Pour entrer en Russie, on choisit une petite douane. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, malgré que les deux pays soient à couteau tiré à propos de la Crimée et se battent encore dans la région du Donbass, cette dernière est loin au sud-est du pays et la vie dans le nord du pays ne semble pas affectée.

Je m’attendais à une fouille en règle de la voiture de la part des Russes, mais finalement ce sont les Ukrainiens qui sont les plus curieux et méfiants. Du coté russe ça passe comme le proverbial doigt au cul. Les fonctionnaires sont même charmants, ce qui est de jamais vu. Au bureau de la douane, la petite blonde voit qu’on ne parle pas le Russe, et au lieu de nous laisser nous démerder comme tout douanier qui se respecte, elle prend l’initiative de remplir elle-même les document de la voiture. Du coup, c’est elle qui rame un peu à déchiffrer la carte grise. Un chiffre manque sur la carte : la cylindrée. Bien malencontreusement, je lui montre une autre ligne, qui fait passe notre moteur de 4200 cc à 2900 cc. Ce sera tout ça de gagné sur le prix de l’assurance, qui se calcule à la cylindrée.20150627-1

Justement, pour l’assurance, je m’attendais à trouver un bureau à la frontière. Mais non, et les douaniers comprennent pas ce que je veux. Donc on fera ça au prochain bled. On aura donc trois missions à faire au plus vite :

  • acheter une assurance. En théorie, la carte verte couvre la Russie également, mais comme souvent il vaut mieux avoir un papier local pour passer les contrôle de la flicaille sans palabre, mais aussi pour régler un éventuel contentieux plus rapidement, au cas où malheureusement on aurait un accident.
  • faire enregistrer son visa. On a 7 jours ouvrés pour ça, l’idée c’est de passer une nuit à l’hôtel, qui doit nous enregistrer auprès des autorités.
  • acheter une carte SIM pour avoir la 3G et mettre à jour le blog. On n’a pas encore trouvé de station service avec WiFi en Russie, contrairement à l’Ukraine.

Pour la carte 3G, ça va, on trouve ça dans une boutique Beeline de centre commercial, lors d’une de nos traversée de ville obligatoire (4 GB pour 5€, le prix est imbattable). Pour l’assurance, on tergiverse un peu et quand finalement on se décide, il est vendredi soir et les bureaux sont fermés pour le week-end. Du coup on décide de rouler quand même et de faire l’hôtel + l’assurance lundi. En essayant de pas se faire gauler par la maréchaussée entre-temps.

20150626-9
Fausse bagnole de flics pour faire ralentir les chauffards.

Ce qui est sûr, c’est que les flics sont bien présents au bord de la route. Heureusement souvent annoncés par des appels de phares des voitures en face. Mais je m’attendais à bien pire, en fait ils sont pas très actifs et peu emmerdants. Jusqu’à présent, après 2000 km en Russie, on s’est fait arrêter qu’une seule fois : le gars voulait juste nous dire qu’on devait allumer nos phares (même en plein jour). Il a demandé à voir la carte grise, mais bien incapable de la déchiffrer ils nous a laisser partir, magnanime.

Du coté de la moyenne, on arrive à peu près à garder un petit 80 km/h, sauf que :

  • il faut contourner les villes. Il faut compter une bonne heure, parfois moins si le contournement existe et est fluide. Kursk, Voronezh, Tambov, Pienza, Tolyatti, Ufa, ça commence à compter
  • les routes sont souvent en travaux. Surtout les ponts qui souffrent, ça provoque des bouchons vu qu’on passe en unidirectionnel.
  • certains tronçons sont tellement dégueulasses que les camions doivent ralentir pour pas perdre le contrôle de leur semi. On voit pas mal de travaux pour améliorer les routes, mais la tâche est gigantesque, à ce rythme il leur faudra 50 ans pour avoir un réseau correct. D’un autre coté, s’ils avaient mis la moitié de budget des jeux de Sotchi  dans leurs routes, on en serait pas là. Mais au moins, il n’y a pas de nids-de-poule sur les grandes axes, c’est toujours mieux que l’Afrique.

20150627-3Heureusement, la majeure partie du pays qu’on a traversée est complètement plate, donc les camions ne rament pas trop. C’est plus pareil avec le franchissement de l’Oural. Certes, on ne monte pas à plus de 800 m, mais c’est très vallonné. Les bahuts chargés (et les Kamaz antiques) montent les côtes au pas, les autres, les Volvo et les MAN sont au taquet et les chauffeurs bombardent tant qu’ils peuvent. Il n’est pas rare qu’on se fasse dépasser par un semi à 110 km/h qui se rabat juste devant nous. De notre coté on ne frime pas trop à la montée avec nos 130 chevaux, surtout qu’il nous manque un poil de puissance pour dépasser en (relative) sécurité.

La route, la célèbre M5, qui traverse tout le pays d’ouest en est, est très chargée et plus de la moitié du trafic sont des camions. Elle ressemble à une nationale, voir une départementale, à deux voies en majorité, avec quelques passages à 3 voies pour aider au dépassement et une centaine de kilomètres d’autoroute à quatre (ou six) voies séparées sur 2000 km),

Du coté de la consommation, on oscille entre 12 et 14 litres /100 km, selon le type de route. En traversant l’Oural, avec la clim, quand il faut cravacher pour dépasser en montée, on consomme plus que quand c’est bien plat et qu’on est calé à 75-80 km/h. On fait donc à peu près un plein de 80 l par jour (à 55 centimes / litre) pour 600-700 km en une douzaine d’heures de conduite. Que de la nationale… pour l’instant, on ne tâte de la piste uniquement pour trouver un bivouac ou un coin de picnic. On arrive le soir lessivés et après avoir trouvé notre bivouac et mangé en vitesse on plonge dans notre tente, jusqu’au lendemain pour recommencer. Vivement la Mongolie !

DSC05729
ВОДКА se lit VODKA
20150622-14

Devoir de mémoire

En repartant du garage on décide de faire un peu de tourisme : Auschwitz est à deux pas, il faut avoir vu ça au moins une fois dans sa vie. On y arrive en suivant le GPS à travers des petits villages très proprets, on se croirait en Suisse. Aucun panneau pour indiquer la direction des camps, mais en arrivant, on trouve d’immenses parkings avec des bus de touristes. C’est carré et bien organisé pour accueillir des milliers de visiteurs.

DSC05512Les deux camps de Auschwitz et Birkenau ont été préservés pour témoigner des atrocités nazies pour les générations futures. La visite est gratuite, à Birkenau on se promène librement dans les allées bien entretenues. La moitié des bâtiments a été rasée, et les chambres à gaz détruites à la dynamite par les gardiens avant qu’ils ne s’enfuient à l’arrivée des Russes. Restent quelques dizaines de bâtiments où on peut voir où s’entassaient les déportés. Ce qui impressionne, c’est la taille du camp : il était dimensionné pour accueillir 90’000 prisonniers à la fois.

20150622-15A Auschwitz 1 par contre, le camp principal, l’entrée est très surveillée : portique détecteur de métaux, interdiction de rentrer avec un sac. Probablement pour empêcher des nostalgiques de cette époque de venir faire leur show. Ensuite on entre par le célèbre portique marqué « Arbeit macht frei ». Un con de minot photographie son copain juste dessous, la classe, pour tweeter à ses potes. Comme je passe à coté il me tend son téléphone : « can you take a picture of us ? » Je le regarde un bon coup et je lui réponds « no, no, definitely no » et je repars en secouant la tête. Du coup il se trouve tout con et remballe son téléphone. P’tain ça m’énerve.

Dans le camp, les bâtiments sont beaucoup mieux construits qu’à Birkenau : sur deux ou trois étages. La plupart sont occupés par des expos de l’une ou l’autre des communautés de déportés : prisonniers de guerre russes, Roms et Tziganes, Polonais, juifs belges et français, néerlandais, etc.. dans une des baraques ils ont préservés des preuves de l’holocauste, des milliers de lunettes de vue, des tas énormes de prothèses et de jambes de bois récupérées et triées par les nazis. Et des murs hypnotisants de milliers de photos d’identité des déportés pris à leur arrivée.

C’est sûr qu’on sort de là un peu plombés, mais ça devrait être une visite obligatoire pour tous les écoliers. C’est d’ailleurs peut-être le cas pour les Polonais puisqu’on a vu beaucoup de groupes de jeunes. Mais aussi des cars de Norvège, Hollande, Slovaquie, Allemagne, Belgique.

DSC05518

L’après-midi est donc bien entamée et en plus il commence à pleuvoir. Direction un camping pas trop loin, à Tarnow, pour dormir dans la tente de toit et prendre une bonne douche, parce que ça commençait à sentir le fauve dans la voiture. Propreté impeccable, douches bien chaudes et cuisine avec gaz à accès libre. Et PQ dans les chiottes. Tout ça pour 10€ à deux, imbattable.

 

20150622-7

Mecanikski

20150622-8On est devant un grand bâtiment tout neuf, chez “Extrem 4×4″. Ils font de la préparation de tout genre, mais surtout du rallye et du buggy cross. Ils s’amusent à greffer des moteurs sur d’autres plateformes. Un BMW de 300 ch sur un toy, un moteur de Audi S4 sur un buggy et un 6-cyl 4.2 toy ave turbo sur un chassis de Patrol et un caisse de Volvo de 1950.. beau boulot, un peu kèkè, mais sympa.
Le petit jeune qui nous accueille parle un peu anglais, il traduit pour le mécano qui nous prend en charge de suite (pas sûr qu’on ait le même traitement en France). Un bon coup de karcher, on monte la voiture sur le lift et le problème saute aux yeux : le moteur du blocage de différentiel arrière a cassé un de ses points de fixation et donc ouvert une espace sur le plan de joint avec le pont arrière. En fait, ce moteur était HS et j’avais dans l’idée de le confier à un mécano russe pour qu’il le démonte et tente de le réparer. J’avais été très surpris par le résultat sur un travail similaire sur ma moto quand j’y étais passé il y a quelques années, donc qui sait ? chez nous en tous cas ils veulent pas y toucher, on remplace le tout, pour la modique somme de 900€.20150622-9
Le prix risque d’être assez similaire en Pologne, en plus c’est pas une pièce qu’ils ont en stock donc on décide de le virer et de mettre à la place une plaque en alu, que le mécano va confectionner.
Le problème c’est que pour démonter le moteur proprement, il faut tomber le diff, ça veut dire quelques heures de boulot en plus. Comme la réparation est hypothétique, on décide de le découper et on verra en Russie si on arrive à s’en procurer un à meilleur prix – parfois les constructeurs pratiquent des prix différents selon les pays.
20150622-11Le résultat a l’air correct, c’est monté à la pâte à joint, évidemment, donc on va garder un oeil et s’assurer que le pont reste bien sec.
A midi on en a fini, on paie la douloureuse – qui l’est bien moins qu’en France : l’heure de mécano est à moitié prix.
Pour fêter notre première panne, on va tester la gastronomie polonaise dans un restau du coin. Pierogi pour Cécile (raviolis) et bigos pour moi (choucroute avec des bouts de saucisse et de viande). Excellent ! et on mange à deux pour 8€..!


 

Bigos
Bigos
DSC05501
Pierogi

L’Europe en large et en travers

Jour 3, Rybarzowice, Pologne, 780 km

Difficile d’écrire quelque-chose d’intéressant sur la République tchèque, qu’on a traversée par l’autoroute presque sans s’arrêter. On aurait bien eu envie de passer quelques jours à Prague, mais on a trop hâte d’arriver en Mongolie. Et d’autre part, venir en ville avec le 4×4 n’est pas le plus pratique, donc on garde ça pour une petit week-end Ryanair depuis Marseille.20150621-8

En arrivant d’Allemagne, pas de checkpoint officiel pour vérifier qu’on achète bien la vignette autoroutière comme en Suisse, mais de nombreuses petites cabanes qui vendent l’autocollant et font du change. Comme souvent lors d’un départ, on est pas encore chaud et on se fait un peu arnaquer sur le taux de change. Mais de nouveau, c’est pas si cher comparé aux péages français.

L’autoroute est bordée d’arbres donc on voit strictement rien du paysage, sinon que, comme me le fait remarquer Cécile, il y a beaucoup de pins sylvestres exactement comme au sud de la France. Comme en Allemagne, on voit souvent des champs de panneaux solaires. C’est tout le paradoxe : ils ont deux fois moins de soleil qu’en Provence, mais dix fois plus de panneaux solaires.. C’est peut-être à cause d’EDF qui doit justifier l’existence de ses dizaines de centrales nucléaires.20150621-9

On met le cap sur la Pologne, on a repéré un garage 4×4 où on pourra monter la voiture sur un lift et voir de plus près d’où vient la fuite. On arrive vers 9h le soir, et on se tanque carrément devant leurs locaux, prêts pour les choper lundi matin à l’ouverture.

20150620-9

Retour aux Francs

Jour 2, Franconie, Allemagne.

20150620-8On décide de passer par l’Allemagne et ses Autobahnen où les mercos dépassent à fond de blinde sur la 3e piste. Nous on a le rythme TIR, c’est-à-dire un petit 95 km/h bien tanqué sur la piste de droite, bercé par le ronronnement du 6 cylindres.

Y’a pas à dire, ces Allemands ils sont bien organisés. D’abord, les autoroutes sont gratuites, mais en plus, ils y ont mis des “Autohof”, des relais routiers où on trouve de tout. En général une station-service, un restau-auberge et un McDo. Et souvent le Wifi, quoique dans notre cas la 3G marche mieux. Ils sont repérables de loin par un pylone avec le logo de la station. Ils sont aussi un peu plus éloignés de l’autoroute qu’une aire de repos classique, donc plus calme pour y dormir.

20150621-2C’est là qu’on se pose après une petite étape de 500 km (on est parti à 3h de l’après-midi de Neuchâtel), près de Nuremberg. La région qu’on traverse s’appelle la Franconie, qui était habitée par les Francs, qui ont donc donné leur nom à la patrie du camembert et du pastis. Bizarre que Marine demande le retour d’une tribu allemande qui a envahi et pillé la moitié de l’Europe..?

Le parking poids-lourd est pas hyper accueillant, on préfère garer devant le parking du Biergarten, mais sans déplier la tente de tour bien entendu, on a prévu de pourvoir dormir dans la voiture dans ces cas-là. Sur place on trouve des toilettes propres et des douches à 2€, même une baignoire avec jacuzzi pour 8€. C’est pas encore vraiment l’aventure.

20150621-3Au petit matin, surprise : une partie du parking est utilisée pour un marché aux puces. Il y a même un camion qui sert à manger, alors on se déguise en local pour se fondre dans la masse : on met les chaussettes dans les sandales et on achète des Nürnberger Bratwurst pour le petit déj, des petites saucisses servies dans un petit pain. Pas mal du tout.

Ensuite départ pour la république tchèque sous un léger crachin et un petit 18 degrés.

Ah oui : première galère du voyage après seulement 1000 km : fuite sur le pont arrière. On a demandé à notre préparateur de vidanger les ponts et visiblement, il ont oublié de changer un joint. Enfin, j’espère, mais dans tous les cas ça craint. On est dimanche et c’est pas trop grave donc on va tracer aujourd’hui à travers l’Allemagne et on trouvera un garage lundi en Pologne. Les Polonais sont des grands amateurs de 4×4 donc j’ai bon espoir de tomber sur une bonne adresse cette fois. A suivre.

20150621-1

 

20150620-1

Première frontière

Jour 1, Neuchâtel, Suisse

20150620-7Premier jour, petite étape de 600 km. Ok, d’accord, on ne tape pas encore dans le très exotique, mais il y’a quand même quelques détails intéressants quand on arrive en Suisse. D’abord, l’accueil : pas de visa ni de paperasse, on est dans l’espace Schengen, donc les douaniers font la sieste et laissent le contrôle du passage aux vendeurs de vignette autoroutière (puisque cette frontière est sur une autoroute). Boum, 40€, merci et bienvenue en Suisse. En même temps, c’est pas si cher quand on a déjà dépensé plus que ça en péage pour venir d’Aubagne. Bien entendu, il est tout à fait illégal de décoller la vignette de la kangoo et de la coller sur le 4×4. Même si je l’avais malencontreusement laissée tomber dans la poussière et qu’elle collait plus trop bien. Non, non, dura lex, mais c’est la loi, n’est-ce pas.

Tout de suite après on a le contournement de Genève avec des radars tous les 100m, des fois que vous auriez pas compris que c’est limité à 100 km/h (notre vitesse de croisière est à 95 km/h, donc c’est pas un souci pour nous). Et si par malheur, vous aviez oublié de faire le plein, et bien le diesel est à 1€40.

20150620-2Alors, pays cher, la Suisse ? ça dépend. Certains services sont hors de prix, comme par exemple l’assurance maladie (environ 300€ par mois par personne). Ce qui est compensé par les salaires plus élevés. Pour le voyageur, à part le diesel et la vignette dont on a déjà parlé, le coût de la vie est très variable. Les hôtels sont hors de prix, mais on n’en a pas besoin. Le café est à 3€50, mais on s’en passera. Dans les supermarchés, la nourriture n’est pas forcément plus chère. Pour les produits de base, on s’en tire aussi bien qu’en France.

20150620-420150620-50,90€ le kilo de farine, c’est pas excessif ; mais si on tape dans la bio-à-l’épeautre-petites-graines, c’est là qu’on se fait tuer. Aitre exemple, 0,60€ le tube de dentifrice, alors qu’à Auchan le premier prix est à 1€15 ; 0,65€ le demi-litre de gel-douche, c’est donné (mais 3,50€ le 1/4 litre pour un produit de marque).

Parmi les produits de première nécessité, en Suisse, le chocolat est bien sûr incontournable : si on trouve de l’excellent chocolat de confiserie en France, à prix d’or, le chocolat de supermarché est en général très très moyen, alors qu’en Suisse le bas de gamme est toujours beaucoup meilleur.

Le Gruyère (le vrai, pas le succédané en vente en France) est actuellement en promo à 16€ le kilo, apparemment il y a surproduction et les producteurs s’en débarrassent. Tant mieux, je fais un petit stock qui me tiendra en tout cas pour l’Europe et la traversée de la Russie.

Quand à la presse tabloïde locale, no comment.

20150620-6

 

Coat_of_Arms_of_the_Russian_Federation

Visa Пожалуйста

Moins d’une semaine avant le départ et toujours pas de visa… ça sent l’improvisation, ça. Et pourtant, on s’y est pris bien à l’avance, les démarches ont débuté fin avril !

Oui mais comme toujours avec les visas (et heureusement dans notre cas on n’en aura qu’un seul à prévoir à l’avance), les choses se passent pas comme prévu. Comme expliqué sur la page préparation, il faut passer par un organisme qui a pignon sur rue en Russie pour obtenir les papiers officiels qui permettent ensuite d’acheter son visa. Nous sommes donc passé par RussieAutrement, qui accepté de nous aider.

Mais après le délai prévu de 30 jours, pas de nouvelle. On avait de la marge, donc on s’inquiétait pas trop, mais il fallait quand même qu’on reçoive ces papiers (ils veulent les originaux, bien sûr, pas des scans) à temps pour le rendez-vous, qu’il faut prendre à l’avance auprès du bureau qui traite les demandes de visa ici à Marseille. Comme les Chinois, les Russes ont délégué le traitement des demandes de visa auprès d’une boîte privée, mais ne vous imaginez pas que cela rend l’expérience plus agréable : je soupçonne qu’ils aient exigé que les employés soient aussi odieux que la moyenne des préposés de consulat (après une bonne cinquantaine de visites à des ambassades un peu partout dans le monde, je peux témoigner que c’est une loi de la nature).

Sauf qu’une semaine plus tard, la tuile : mon contact m’annonce un problème d’ordinateurs au ministère, les papiers sont toujours pas prêts (dans notre société moderne, l’informatique est une victime idéale lorsqu’il faut trouver un coupable). Je lui mets bien la pression parce que là on risque d’avoir un problème; Finalement, jeudi passé, Oksana me rappelle pour me dire qu’elle a reçu les papiers et qu’ils sont partis par FedEx.

Entretemps mon rendez-vous est déjà passé donc il va falloir non seulement s’insérer entre deux clients, mais aussi payer le supplément pour un traitement express. Lundi à midi les papiers arrivent et c’est donc Cécile qui s’y colle en campant dans les locaux de l’agence. Documents et passeport en main, elle arrive à obtenir une audience auprès de Son Excellence la préposée payée au SMIC et qui a ses ragnagnas un jour sur deux. De mauvaise grâce, elle accepte de traiter notre demande, non sans s’être plainte de la mauvaise qualité d’un scan et d’une facture de téléphone qui manque… et oui, comme je ne suis pas Français, ils veulent une preuve que j’habite ici !

Ah, et bien sûr, pour couronner le tout, on tombe sur 2 jours fériés : la fête nationale (12 juin) et la Bar Mitzvah du fils de la voisine de la préposée (j’imagine). En fin de compte la demande est partie et on aura notre visa le 15, Insh Allah.