Sibérie : mais pourquoi c’est si plat ?

Nous avons traversé le Sud de la Sibérie, depuis les montagnes de l’Oural jusqu’à Novossibirsk en passant par Omsk. Depuis 1600 km, le paysage est plat, extrêmement monotone. C’est pratique pour doubler les camions, mais super ennuyeux. On traverse des prairies à moustiques, de temps en temps des champs de blé ou d’herbe, des lambeaux de forêt de bouleaux, mais rien d’autre…

Pour passer le temps, on discute de géographie. Laurent me demande pourquoi c’est si plat, pourquoi il n’y a pas de montagne, pourquoi il y a toujours les mêmes arbres ? Pourquoi il y a des lacs partout ? Comme toujours, pour comprendre, il faut du recul à la fois dans l’espace mais aussi dans le temps.

S’il n’y a pas de montagne, c’est que nous sommes au milieu d’un continent, au milieu d’une plaque tectonique, dans une région stable. Il n’y a donc aucune raison qu’il y ait du relief, les chaines de montagne se forment lorsque deux plaques tectoniques entrent en collision. C’est le cas de l’Oural par exemple, une très vieille chaine qui s’est créée à la rencontre de l’Asie et de l’Europe ; et de l’Altaï que nous atteindrons dans quelques jours.

Si on regarde bien le paysage, le terrain n’est en réalité pas tout à fait plat, il a de petites ondulations de quelques dizaines de centimètres qui suffisent à créer des petits lacs ou des marécages dans les points bas, et qui permettent les cultures dans les zones légèrement plus élevées et donc les plus sèches (enfin, disons les moins humides…).

20150702-3
Marécages de la région de Novossibirsk
20150702-2
A la recherche d’un coin de bivouac dans les champs (c’est plus sec, donc moins infesté). Lorsque les champs sont labourés, on voit bien que le sol est très noir, ce qui est un signe d’humidité importante. Les géographes ont d’ailleurs adopté le nom russe de « Tchernoziom » (« Tcher » veut dire « noir ») pour les désigner ici et ailleurs dans le monde.

 

paleolacs-01Alors pourquoi le terrain n’est pas tout à fait plat ? Eh bien car on traverse ici une région qui est couverte par d’anciennes alluvions apportées par les grands fleuves (l’Irtich, l’Ob) qui s’écoulent du Sud vers le Nord, vers l’océan arctique. Dans le passé, lors des périodes glaciaires qui se sont succédées depuis les derniers milliers d’années, de grands glaciers recouvraient le nord du continent et une partie de l’océan arctique, bloquant ainsi l’écoulement des eaux des fleuves. En conséquence, d’immenses lacs (en bleu sur la carte de gauche) se sont formés contre ces glaciers. Il y a 10 000 environ, le climat s’est réchauffé, les glaciers ont fondu et ces lacs ont disparu. Il n’en reste aujourd’hui que des marécages et de petits lacs dans lesquels les moustiques s’en donnent à cœur joie. Comme on n’est qu’à 100m d’altitude et à 1800 km de l’océan arctique, les pentes ne sont pas suffisantes pour permettre aux rivières de creuser leurs vallées et d’évacuer les eaux stagnantes.

Dans ces terrains on ne trouve finalement que des arbres qui supportent les eaux stagnantes et le froid intense de l’hiver. C’est le cas du bouleau en particulier, ce qui explique l’omniprésence de cette espèce.

 

DSC05975

Nous suivons le tracé du Transsibérien et pensons aux conditions de travail terribles que les ouvriers qui l’ont construit ont dû affronter dans les années 1890 : gelés l’hiver, bouffés par les insectes l’été ils mourraient en grand nombre et le Tsar, au lieu de tenter d’améliorer leur sort, fournissait simplement plus de main d’œuvre (volontaire ou non d’ailleurs).

DSC06037Pendant deux nuits, on se débrouille pour camper en bordure des champs cultivés, donc dans les secteurs les plus secs, en respectant un programme strict : douche en plein soleil vers 6h du soir, apéro et repas bien couverts et enduits de lotion anti-moustique pour se protéger des taons, puis barricadage dans la tente à 7h du soir. Dès la tombée de la nuit vers 9h, impossible de ressortir (il faut avoir prévu d’évacuer la bière avant) les moustiques sont là par milliards. La tente est bien raccommodée, cette fois elle est étanche ou presque car ils trouvent toujours un moyen d’entrer.

Peu avant Novossibirsk, le terrain devient encore plus marécageux, on arrive un peu trop tard et il est déjà impossible de sortir de la voiture sans se faire dévorer. On craque et on échoue sur une aire de repos au milieu des camions. Là, c’est moins pire (cette fois ce sont essentiellement les moucherons qui attaquent), et l’avantage est qu’on peut se réfugier au café et prendre une douche en paix (2 € quand même, comme en Allemagne). On ouvre quand même la tente de toit au milieu des camions et on arrive à passer une bonne nuit, bercés par le bruit des moteurs qui couvrent les ronflements de Laurent.

 

 

 

 

DSC06023

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Please copy the string 1i6mPe to the field below: