Le point sur la route

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Les belles autoroutes occidentales sont déjà un lointain souvenir. La dernière vraie autoroute à voies séparées et sans intersections, on l’a quittée à l’est de la Pologne. Grâce aux subventions de l’Europe, on a eu droit à un goudron impeccable, des dizaines de kilomètres de parois anti-bruit en campagne et des aires d’autoroute désertes avec des dizaines de pissoirs tout neufs. Visiblement, peu de trafic passe entre la Pologne et l’Ukraine.

Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.
Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.

Arrivés en Ukraine, on change de monde : le goudron se dégrade et on roule sur de la 2 pistes, parfois 4 pistes séparées. Ca, c’est pour le grand axe qui traverse le pays. Dès qu’on quitte le réseau principal, on a droit soit aux nids-de-poule, soit, si on a de la chance, à un chemin en terre. Les routes des villages sont défoncées.

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Vendeuse de myrtilles. Si, si, c’est tout ce qu’elle a à vendre.
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Ravitaillement en bière et en barbaque pour le soir.

On ressent bien l’entrée dans le monde ex-soviétique. Pour moi qui ait déjà circulé en Russie, je retrouve mes repères : des ladas pourries, beaucoup de bagnoles de riches, très peu de charrette à cheval, des “Кафе” ou on peut boire un café et manger une soupe, des “продукты” (épiceries) pour se ravitailler en bière et vodka, des vendeurs au bord de la route, des flics aux intersections avec radar en main.

 

Les règles de circulation sont un peu difficiles à discerner, surtout les débuts et fin de limitations de vitesse (c’est voulu, j’imagine). Le mieux c’est de se caler sut les locaux. Les bagnoles roulent tout le temps à fond donc quand tout d’un coup ils sont tous à 50 km/h, c’est pas le moment de dépasser : le keuf n’est pas loin. Le truc que j’utilisais à moto en Afrique marche ici aussi : choisir un bahut qui roule à bonne vitesse et se planquer derrière. Trois avantages :DSC05636

  1. Le routier connait le pays et sait quand il faut ralentir (les appels de phares pour avertissement sont couramment utilisés, mais peut-être que la CB marche aussi entre les routiers).
  2. Comme on est cachés par le camion jusqu’au dernier moment, le flic pourri aura pas le temps de trouver sa proie et de nous faire nous arrêter.
  3. En roulant sans personne devant, on s’expose aux dépassements “suicidaires” des camions d’en face qui estiment qu’on n’a qu’à se ranger sur le bas-coté pour leur laisser la place s’ils ont mal calculé leur coup.

L’état lamentable des routes fait que notre moyenne baisse sensiblement. On n’a pas non plus le talent (ni les chevaux) pour dépasser les camions comme les locaux. Il faut aussi traverser des villes qui n’ont pas forcément de route de contournement – on passe bien 1 heure à contourner Kiev.

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En tous les cas, on passe l’Ukraine sans accroc. On aurait aimé s’arrêter pour visiter un peu (en particulier Cracovie, L’viv, Kiev), mais d’abord on est un peu pressé, d’autre part visiter en ville avec un 4×4 est toujours un peu compliqué : trouver son chemin dans les rue, trouver un hôtel avec un parking gardé, etc..

Pour entrer en Russie, on choisit une petite douane. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, malgré que les deux pays soient à couteau tiré à propos de la Crimée et se battent encore dans la région du Donbass, cette dernière est loin au sud-est du pays et la vie dans le nord du pays ne semble pas affectée.

Je m’attendais à une fouille en règle de la voiture de la part des Russes, mais finalement ce sont les Ukrainiens qui sont les plus curieux et méfiants. Du coté russe ça passe comme le proverbial doigt au cul. Les fonctionnaires sont même charmants, ce qui est de jamais vu. Au bureau de la douane, la petite blonde voit qu’on ne parle pas le Russe, et au lieu de nous laisser nous démerder comme tout douanier qui se respecte, elle prend l’initiative de remplir elle-même les document de la voiture. Du coup, c’est elle qui rame un peu à déchiffrer la carte grise. Un chiffre manque sur la carte : la cylindrée. Bien malencontreusement, je lui montre une autre ligne, qui fait passe notre moteur de 4200 cc à 2900 cc. Ce sera tout ça de gagné sur le prix de l’assurance, qui se calcule à la cylindrée.20150627-1

Justement, pour l’assurance, je m’attendais à trouver un bureau à la frontière. Mais non, et les douaniers comprennent pas ce que je veux. Donc on fera ça au prochain bled. On aura donc trois missions à faire au plus vite :

  • acheter une assurance. En théorie, la carte verte couvre la Russie également, mais comme souvent il vaut mieux avoir un papier local pour passer les contrôle de la flicaille sans palabre, mais aussi pour régler un éventuel contentieux plus rapidement, au cas où malheureusement on aurait un accident.
  • faire enregistrer son visa. On a 7 jours ouvrés pour ça, l’idée c’est de passer une nuit à l’hôtel, qui doit nous enregistrer auprès des autorités.
  • acheter une carte SIM pour avoir la 3G et mettre à jour le blog. On n’a pas encore trouvé de station service avec WiFi en Russie, contrairement à l’Ukraine.

Pour la carte 3G, ça va, on trouve ça dans une boutique Beeline de centre commercial, lors d’une de nos traversée de ville obligatoire (4 GB pour 5€, le prix est imbattable). Pour l’assurance, on tergiverse un peu et quand finalement on se décide, il est vendredi soir et les bureaux sont fermés pour le week-end. Du coup on décide de rouler quand même et de faire l’hôtel + l’assurance lundi. En essayant de pas se faire gauler par la maréchaussée entre-temps.

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Fausse bagnole de flics pour faire ralentir les chauffards.

Ce qui est sûr, c’est que les flics sont bien présents au bord de la route. Heureusement souvent annoncés par des appels de phares des voitures en face. Mais je m’attendais à bien pire, en fait ils sont pas très actifs et peu emmerdants. Jusqu’à présent, après 2000 km en Russie, on s’est fait arrêter qu’une seule fois : le gars voulait juste nous dire qu’on devait allumer nos phares (même en plein jour). Il a demandé à voir la carte grise, mais bien incapable de la déchiffrer ils nous a laisser partir, magnanime.

Du coté de la moyenne, on arrive à peu près à garder un petit 80 km/h, sauf que :

  • il faut contourner les villes. Il faut compter une bonne heure, parfois moins si le contournement existe et est fluide. Kursk, Voronezh, Tambov, Pienza, Tolyatti, Ufa, ça commence à compter
  • les routes sont souvent en travaux. Surtout les ponts qui souffrent, ça provoque des bouchons vu qu’on passe en unidirectionnel.
  • certains tronçons sont tellement dégueulasses que les camions doivent ralentir pour pas perdre le contrôle de leur semi. On voit pas mal de travaux pour améliorer les routes, mais la tâche est gigantesque, à ce rythme il leur faudra 50 ans pour avoir un réseau correct. D’un autre coté, s’ils avaient mis la moitié de budget des jeux de Sotchi  dans leurs routes, on en serait pas là. Mais au moins, il n’y a pas de nids-de-poule sur les grandes axes, c’est toujours mieux que l’Afrique.

20150627-3Heureusement, la majeure partie du pays qu’on a traversée est complètement plate, donc les camions ne rament pas trop. C’est plus pareil avec le franchissement de l’Oural. Certes, on ne monte pas à plus de 800 m, mais c’est très vallonné. Les bahuts chargés (et les Kamaz antiques) montent les côtes au pas, les autres, les Volvo et les MAN sont au taquet et les chauffeurs bombardent tant qu’ils peuvent. Il n’est pas rare qu’on se fasse dépasser par un semi à 110 km/h qui se rabat juste devant nous. De notre coté on ne frime pas trop à la montée avec nos 130 chevaux, surtout qu’il nous manque un poil de puissance pour dépasser en (relative) sécurité.

La route, la célèbre M5, qui traverse tout le pays d’ouest en est, est très chargée et plus de la moitié du trafic sont des camions. Elle ressemble à une nationale, voir une départementale, à deux voies en majorité, avec quelques passages à 3 voies pour aider au dépassement et une centaine de kilomètres d’autoroute à quatre (ou six) voies séparées sur 2000 km),

Du coté de la consommation, on oscille entre 12 et 14 litres /100 km, selon le type de route. En traversant l’Oural, avec la clim, quand il faut cravacher pour dépasser en montée, on consomme plus que quand c’est bien plat et qu’on est calé à 75-80 km/h. On fait donc à peu près un plein de 80 l par jour (à 55 centimes / litre) pour 600-700 km en une douzaine d’heures de conduite. Que de la nationale… pour l’instant, on ne tâte de la piste uniquement pour trouver un bivouac ou un coin de picnic. On arrive le soir lessivés et après avoir trouvé notre bivouac et mangé en vitesse on plonge dans notre tente, jusqu’au lendemain pour recommencer. Vivement la Mongolie !

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ВОДКА se lit VODKA

One comment

  1. Hélène says:

    Ils n’ont peut-être pas de jolies routes mais leurs messages de sécurité sont percutants!

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