Choisir son véhicule

Pour nos expéditions, il nous fallait un 4×4 robuste et simple à l’entretien et à réparer. Lors de mes périples à moto, j’ai croisé des dizaines de 4×4 en Afrique ou en Asie, et j’ai eu l’occasion de discuter avec les propriétaires – et également d’assister à des réparations. Une chose ressort : la fiabilité et la robustesse ne sont plus une priorité des constructeurs actuellement : ils préfèrent sortir des modèles performants et confortables, mais également bourrés d’électronique et de perfectionnements difficilement compréhensibles pour le mécanicien de brousse.

Deux écoles s’opposent donc :

  • le choix du véhicule performant, moteur turbo, puissance pour passer dans les dunes, consommation réduite, confort sur route : des modèles comme les série 80 ou 100 de Toyota, etc.. c’est le choix idéal pour une virée de quelques semaines au Maroc avec les copains.
  • le choix de la fiabilité et l’endurance : des modèles comme le célèbre Landrover defender, la série 7 de Toyota, etc… Par rapport aux véhicules plus récents, on perd en performance et on augmente la consommation… pas forcément un bon choix en apparence pour de longs voyages. Par contre, ces inconvénients sont compensés par une simplicité de conception qui fait que l’on pourra réparer dans des conditions très primitives, et l’absence de tout gadget sophistiqué et d’électronique fait que la fiabilité est forcément beaucoup plus grande. Et les pannes plus faciles à diagnostiquer.

IMG_3852

Parmi cette dernière catégorie, les Landrover et les Toyota sont de loin les plus fréquents sur les pistes les plus improbables. Discuter des avantages de l’un par rapport à l’autre revient à défendre les avantages du Mac par rapport au PC, voire de l’OM face au PSG… bref, on entre dans les guerres de religions. Ce qui est clair par contre, c’est que si on rencontre beaucoup de Landrover en Afrique, ils sont beaucoup moins répandus en Asie, en Australie et en Amérique du Sud. Les pièces et les mécanos qui s’y connaissent y sont donc aussi plus rares.

Finalement, notre choix s’est porté sur une vraie bête de somme, un véhicule conçu pour être robuste et simple à entretenir et plus un utilitaire qu’une voiture de plaisance : le HZJ 78 (ou 75, son prédécesseur). Le problème est que ces engins sont très recherchés et donc rares en occasion. Et inutile d’essayer d’en acheter un neuf, ils ne sont plus importés depuis 2001, car ils ne répondent plus aux dernières normes antipollution européennes (par contre ils se vendent encore comme des petits pains auprès des ONG pour sillonner les pistes d’Afrique et d’Asie).

Après de longues recherches, nous avons trouvé un Landcruiser HZJ 78 de 2001 avec 210 000 km au compteur.. en Allemagne, ce qui nous a obligé à passer par le processus abscons (et cher) d’immatriculation d’un véhicule étranger en France (détails dans un futur article).

DSC02489lcut

Moteur et châssis sain, il est déjà équipé d’un réservoir supplémentaire de 170 litres (avec une fuite), du blocage de différentiel avant et arrière (non fonctionnel), de la climatisation (cassée) et d’un chauffage d’appoint Webasto. Illustration parfaite de la philosophie du véhicule, tous ces éléments sont optionnels et n’empêchent nullement de rouler, l’essentiel (châssis et moteur) étant en bon état.

A part le réservoir supplémentaire, le chauffage et l’attelage (qui sautera), il est parfaitement d’origine : il est équipé derrière de deux banquettes latérales pour transporter des passagers. Il est homologué 7 places en Allemagne, mais en France on ne peut normalement l’immatriculer qu’en 2 places – ce qui nous convient très bien.

Le moteur de 6 cylindres 4 litres est impeccable, après 210’000 km il est à peine rodé… il ne fait que 130 chevaux, ce qui est un peu sous-dimensionné pour un poids de presque 2 tonnes, et donc certains seront tentés d’y greffer un turbo. C’est une modification assez courante, qui a l’avantage de permettre de passer plus facilement les dunes et les cols de haute altitude, mais qui va à l’encontre de notre règle de base : simplicité et fiabilité. Les problèmes de surchauffe ne sont pas rares sur ces véhicules modifiés, et bien sûr le turbo est un élément de plus qui peut tomber en panne.

Préparation

La préparation suivra deux axes : la mécanique et l’aménagement pour le voyage au long cours. En effet, si ce véhicule est considéré comme “increvable”, c’est uniquement si on l’entretient régulièrement, ce qui n’a pas forcément été le cas du précédent propriétaire. Du coté de l’aménagement, la première décision sera de savoir comment on y dormira. Plusieurs possibilités s’offrent à nous :

  • Beauduc
    Le 4×4 brut, sans aucun équipement ni aménagement, sur la plage de Beauduc.

    la plus simple, charger l’arrière de tout notre équipement et dormir sur une tente à coté. C’est comme ça que je vivais lors de mes voyages en moto, donc je sais exactement à quoi m’en tenir… mais pourquoi s’encombrer de 2 tonnes de ferraille si c’est pour vivre comme avec un moto de 250 kg ? (à part le fait d’être au sec et d’avoir un frigo, bien sûr).

  • créer des banquettes derrière et un agencement qui permette de dormir à plat à deux. C’est aussi pour cela que l’on a choisi un châssis long. Par contre, en largeur c’est pas vraiment tout confort : 1m40 c’est un peu serré et dormir dans une boîte de conserve ne nous enthousiasme pas plus que ça.
  • découper le toit et créer un couchage
    IMG_4313
    Un BJ d’époque modifié avec un toit relevable.

    e sous un toit relevable. C’est la solution la plus luxueuse et confortable, avec toutefois un léger bémol : il faut compter environ 8000€ pour le faire installer ! hors de notre budget limité donc.

  • installer une tente sur le toit, qui se déplie en 2 minutes et offre un couchage de 2m sur 1m60, sur un vrai matelas et sous une vraie couette. C’est le plus confortable, pas si cher que cela, avec le léger défaut d’ajouter du poids tout en haut du véhicule, et donc du ballant. Le look s’en ressent aussi, mais c’est notre dernière priorité.

 

27082014-27082014-DSC02218
La tente dépliée.

On a choisi la solution de la tente de toit, achetée d’occasion et posée sur une galerie robuste (d’occasion également). Mais en même temps, on prévoit de pouvoir dormir à l’intérieur, pour deux raisons : lors de conditions trop difficiles, par grand vent ou sous le déluge, on restera bien tranquillement à l’intérieur ; et lorsqu’il ne sera pas très discret de déplier une tente, par exemple si on dort sur un relais routier ou sur un parking. On ne part pas dans ce but, mais n’oublions pas qu’avant d’arriver en Mongolie, il y a 10’000 km à parcourir. La contrainte par contre est assez forte : pour pouvoir créer un couchage relativement confortable, il faudra pouvoir disposer de la totalité de la longueur et de la largeur du véhicule, cela exclu donc de créer des armoires qui prennent tout le coté du véhicule.

Continuons avec l’aménagement intérieur, les équipements (à venir) et la préparation mécanique (à venir).

 

31082014-DSC02513
Désert des Bardenas, Espagne