From August 2015

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Hamburgers et pierres à cerf

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Après le lac Khövsgöl et le lac Terkhiin Tsagaan (voir posts précédents), on savait qu’on était bien sur la route des touristes, après avoir fait un mois dans l’ouest sans voir vu personne ou presque, ça change ! Cela se manifeste immédiatement par les travaux qui achèvent de goudronner la route qui va jusqu’à Tariat – on peut donc rejoindre le lac Terkhiin Tsagaan depuis Oulan-Bator entièrement sur route goudronnée – enfin, presque, comme on le découvrira plus tard, la DDE mongole étant sérieusement dépassée par la tâche d’entretenir ces routes.

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Mais ne nous emballons pas, pour l’instant nous profitons du goudron neuf et lisse. Après quelques dizaines de kilomètres, on rejoint la rivière Chuluut, qui a ici creusé un canyon assez impressionnant. Et comme partout, lorsqu’un coin est connu et fréquenté par les touristes (en immense majorité des Mongols), ont  trouve des bouteilles de vodka vides et des tas de détritus un peu partout. Enfin, le coin est quand même assez sympa.

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Un peu plus loin, avant d’arriver à Tsetserleg, non loin d’une rivière (franchie sur un pont, on s’embourgeoise…), se trouve une curiosité locale qui attire les touristes (mongols pour la plupart) par centaines : Taikhar Chuluu (Тайхар чулуу) un immense rocher planté là au milieu d’une plaine bien plate. Comme pour tous les endroits qui sortent de l’ordinaire en Mongolie, il est décoré d’écharpes bleues en soie et toutes sortes de légendes racontent comment il est arrivé là (aucune ne parlant de tectonique des plaques ou de géomorphologie, bien entendu). Le lieu est entouré de camps de yourtes et les gamins sont là pour attraper les touristes : d’abord, leur fourguer des pignons (c’est la saison), ensuite leur vendre une balade à dos de yaks, et finalement les attirer dans leur restau. Au moins, il n’y a pas de ticket d’entrée, mais le tout est très décevant il faut bien l’avouer.

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Tout ce goudron – et la perspective de se rapprocher des circuits touristiques – ne nous emballe pas trop, surtout que Cécile a repéré une vallée où se trouvent de beaux exemplaires de pierres à cerf et autres tumulus (elle en a déjà parlé ici). On a donc retraversé le pont pour remonter la vallée de l’autre coté de la rivière. Mais notre premier monument, on l’a rencontré par hasard sur la place centrale du village qu’il fallait traverser, devant la mairie/préfecture/école.

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Le temps est très orageux, on voit la pluie tomber sur les reliefs au loin. Avant de se faire rincer, et parce que le soir arrive, on monte sur une crête et on installe le bivouac avec une belle vue sur la vallée, mais avec un gros zéph qui fait osciller la voiture et nous oblige à nous réfugier à l’intérieur. Je sors le drone pour tourner quelques images mais avec un vent à 11-12 m/s, pas question de l’envoyer. Et puis soudain, le vent tombe complètement et le soleil passe sous les nuages pour nous offrir un coucher de soleil de toute beauté. Il reste à peu près 10 minutes avant qu’il ne passe derrière la montagne, alors j’envoie le drone et je fais quelques photos en même temps…

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Puis le vent reprend et le froid s’installe, on se réfugie dans la voiture pour manger… un gâteau aux abricots ! merci Cilou.

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Le lendemain, le temps s’est levé et le vent tombé. On ne fait pas 1/2h sur la piste qu’on tombe sur les premiers sites archéologiques, en fait tout simplement des tumulus (tumuli ?) et des pierres levées telles qu’elles sont restées depuis des millénaires. Elles sont bien conservées et pas du tout saccagées, même si les tumulus on parfois été fouillés, soit par des archéologues, soit par des chercheurs de trésor.

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Un berger vient à notre rencontre à cheval, peut-être qu’ils surveillent un peu les sites pour empêcher les dégradations ? il nous fait signe que d’autres pierres se trouvent plus loin; les Mongols ont l’air conscients de leur héritage culturel et je pense qu’ils sont sensibles à leur conservation.

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Effectivement, il ne faut pas trop chercher pour trouver 2 ou 3 autres monuments avec des pierres gravées très bien conservées, parmi les plus belles qu’on ait vues jusqu’à présent.

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Cécile a une vague carte topo extraite d’un article scientifique qui indique les pierres trouvées dans la vallées, il y’en a apparemment beaucoup. On repart en zigzaguant dans une vallée latérale et on tombe encore sur des sites magnifiques… c’est très calme, dans la nature vierge (enfin, broutée par les moutons et les yaks), parsemée de quelques yourtes.

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Les archéos les appellent “pierre à cerf” parce que des cerfs sont dessinés dessus, mais bon, je veux bien, mais des cerfs avec un long nez de canard ? pourquoi ce serait pas des “pierres à canard” avec des canards à quatre pattes, hmmm ? Bref.

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Sur le dernier site, un gamin vient nous voir avec son cheval, très intéressé par ce qu’on fabrique ici. On remarque alors l’utilité des pierres dressées pour les locaux, c’est très utile pour attacher son cheval ! en effet, il n’y a pas un arbre à l’horizon.

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L’air de rien, on se retrouve dans une vallée latérale, et pas trop l’envie de revenir sur nos pas le long de la Tamir, la piste est pas en très bon état et on aime jamais refaire deux fois la même chose. Donc on essaie de faire une boucle en remontant la petite vallée. Pas de piste sur la carte, mais en Mongolie, quand il y a des yourtes il y a presque toujours une piste. Celle-ci passe un petit col facile, puis un autre nettement plus raide et en dévers… et dans une forêt de mélèzes, ce qui est excessivement rare dans cette région où les pousses d’arbres sont systématiquement broutées avant de pouvoir grandir.

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En redescendant de l’autre coté, sur un piste à peine tracée, on croise deux gars à moto qui nous font signe de nous arrêter ; on n’a toujours pas de plaque d’immatriculation à l’avant et avec notre 4×4, impossible de dire de loin si on est des touristes ou des locaux. Ils rigolent bien quand on s’arrête à leur hauteur et qu’ils remarquent qu’on est étrangers, ils se demandent d’où est-ce qu’on peut bien venir, il n’y a que leur yourte au fond de la vallée…

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On remarque aussi une tache d’herbe un peu plus claire. En y regardant de plus près, on réalise qu’ils ont fait les foins sur à peu près 200 m2… et c’est tout. Bel effort, mais quel est le projet ?? C’est bien la première fois qu’on voit de l’herbe fauchée, à part une poignée de champs cultivés.

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De retour sur la route principale, on enquille un bon goudron pour arriver à Tsetserleg, une petite ville capitale de province, qui n’est ni plus excitante ni plus attachante que toutes les autres petites villes que l’on a pu traverser (quoiqu’en disent les guides touristiques). Toutefois, étant idéalement placée à quelques kilomètres d’attractions majeures, on y trouve une bonne infrastructure hôtelière. On s’est très facilement laissé attiré par le Fairfield Guesthouse et son restaurant qui sert des énormes hamburgers australiens (et des vrais légumes !).

IMG_20150822_145633325Cette fois c’est clair, on est sur les circuits touristiques. La suite le prouvera encore plus.

 

IVolcan Khorgo (en activité il y a 7000 ans)

Le volcan Khorgo et la chance de Gengis Khan

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Le lac Terkhiin Tsagaan Nuur (le grand lac blanc) est situé au pied d’un volcan, le Khorgo, et a été formé par une coulée de lave qui a barré la vallée il y a environ 7000 ans. La lave est une galère à traverser avec la voiture, les pistes sont très mauvaises, les trous remplis de gadoue alternent avec les cailloux coupants, bref, c’est bien mieux de s’y balader à pied. Nous montons sur le bord du cratère en fin d’après-midi pour profiter de la lumière du soir et faire quelques images du volcan vu du ciel. C’est un endroit magnifique mais très touristique, et comme tous les lieux remarquables, c’est un endroit sacré. Les locaux construisent des cairns tout le long du chemin d’accès et le long des berges du lac.

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Au pied du volcan, dans le champ de lave, l’accès est difficile et les pâturages ne sont pas très riches contrairement aux vallées et collines avoisinantes. Du coup, c’est un endroit moins fréquenté et il y reste des arbres, une « forêt » claire de pins et de mélèzes. Ces arbres poussent péniblement, comme des bonzaïs, dans les fissures de la lave. Ils ont été étudiés par les chercheurs américains qui ont prélevé des carottes, compté le nombre de cernes et mesuré leur largeur. Sachant que les arbres fabriquent un cerne par an, ils en ont déduit leur âge : les plus vieux ont plus de 900 ans. Les variations d’épaisseur des cernes permettent de reconstruire les variations du climat : plus les cernes sont larges, plus les étés ont étés humides. Leur étude a mis en évidence une période beaucoup plus humide au début du 13ème siècle, c’est-à-dire au moment de l’extension de l’empire de Gengis Khan . Ce dernier aurait pu ainsi profiter ainsi de conditions climatiques particulièrement favorables, d’une période où les prairies furent plus grasses et plus riches qu’auparavant, permettant de nourrir les centaines de milliers de chevaux de ses armées et ainsi d’assoir son règne. Coup de bol ! A quelques années, près, il n’aurait peut-être pas pu établir son empire, qui s’étendait de la Corée jusqu’aux Balkans sur plus de 30 millions de km2, le plus vaste empire qui n’ait jamais existé à la surface du globe.

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Retour du soleil au lac Terkhiin Tsagaan Nuur

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Nous repartons de Moron après 2 jours de pluie où nous nous sommes courageusement réfugiés dans un hôtel avec douches chaudes (enfin, le matin et le soir… et dans le noir, car l’éclairage de la salle de bain est HS, faut pas trop exagérer sur le luxe quand même). Les routes sont trempées et boueuses et parfois transformées en véritables rivières. Les plus heureux dans tout ça, ce sont les yaks qui restent au milieu des torrents sans bouger, trop contents de faire trempette dans l’eau glacée.

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Au niveau des cols, il a neigé mais heureusement tout est presque fondu lorsque nous arrivons, il reste juste assez de neige pour s’amuser mais pas suffisamment pour bloquer les routes.

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Dans un petit village, nous tombons sur des combats de lutte comme nous avions déjà vus pendant le Nadaam. Heureusement que le temps est revenu au beau pour les lutteurs en slip.

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Le problème, par contre, c’est au niveau des franchissements de gués (hé oui, encore…). L’un d’entre eux a failli nous couter le pont avant et notre voyage aurait pu s’arrêter là. L’eau était glacée, boueuse, le courant fort, et nous n’avions pas vraiment envie de faire une reconnaissance à pied… erreur ! Nous avions croisé quelques véhicules en sens inverse et nous nous disions que ça devait donc passer… et nous avons fait confiance à un local qui, de l’autre côté de la rive, nous faisait de grands signes pour nous indiquer que ça passait. Effectivement ça passait, mais à quelques mètres près, ça ne passait plus… après avoir pris de l’élan, nous nous sommes plantés contre un gros bloc invisible sous la flotte (qui était profonde puisque le capot était sous l’eau). Heureusement la plaque de protection a joué son rôle et a encaissé une bonne partie du choc. Le carter du pont est un peu cabossé, mais à priori rien de grave.

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Du coup, c’est avec un grand plaisir que nous avons retrouvé le soleil et la chaleur au lac Terkhiin Tsagaan Nuur. Au programme : baignade (rapide) et sieste au soleil sur la plage.

 

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Spiritualité

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Les paysages que nous traversons portent l’empreinte de spiritualité et de croyances anciennes mais aussi actuelles. Au niveau des cols de montagne et des lieux remarquables, se trouvent des « ovoo », c’est-à-dire des tas de pierres avec des écharpes bleues et des offrandes. La tradition veut qu’on rajoute une pierre, qu’on fasse 3 fois le tour de l’ovoo dans le sens des aiguilles d’une montre, qu’on fasse un vœux et qu’on dépose un objet en relation avec ce vœux. Sur ces ovoos on trouve donc des tas d’objets hétéroclites : des billets de banque, des béquilles, des volants, des roues de vélo et de moto, des filtres à gasoil et surtout des tonnes de bouteilles vides, en particulier de vodka. Les mongols déposent aussi beaucoup de nourriture, ce qui fait le régal des rats et des marmottes. Au total, de loin c’est joli, mais de près il faut reconnaitre que ces ovoos ont souvent l’air de poubelles géantes.

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Le long des pistes que nous suivons nous trouvons de très nombreux tumulus (des tombes recouvertes par des tas de pierres), dont les plus anciennes remontent à l’âge du Bronze. Ces tombes se trouvent souvent dans des lieux particuliers comme le bord des lacs ou le croisement de deux vallées. Elles sont parfois entourées de cercles ou de carrés de pierres. Le centre de la tombe est souvent creux, du fait de l’effondrement de la chambre mortuaire mais aussi souvent des pillages. En effet, dans ces sépultures étaient enterrés des personnages importants avec parfois leurs chevaux et leurs effets personnels.

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Et surtout, la Mongolie est célèbre pour ses fameuses « pierres à cerfs », des monolithes en général décorés de silhouettes de cerfs, que l’on trouve en général associés à des tumulus. Ces pierres, le plus souvent en granite, mesurent de 1 à 4 mètres de hauteur, et sont sculptées de dessins très stylisés et codifiés. Au sommet deux cercles sont représentés. On suppose qu’ils représentent le soleil et la lune et symbolisent le cosmos. A la base, on trouve des armes (poignards, arc, boucliers) appartenant au monde des vivants. Au milieu, des cerfs sont représentés (il faut le savoir…) avec de longs museaux pointus, des yeux en forme de cercles et des bois très développés, l’ensemble évoquant des animaux en train de s’envoler à la manière des oiseaux. Ils sont interprétés comme des symboles chamaniques évoquant le passage de l’âme du défunt vers le cosmos. Les trois univers (cosmos, terre et espace intermédiaire) sont séparés par des symboles géométriques (cupules ou stries). Certaines pierres sont sculptées en forme de personnage, ce qui est beaucoup plus rare. Parfois on trouve aussi de simples pierres dressées, sans gravure, qui marquent l’emplacement de tombes et que l’on appelle balbal.

Les pierres à cerfs datent, selon les archéologues, de l’âge du Bronze (entre 1000 et 500 ans avant JC). Elles ont souvent été réutilisées pour « décorer » les tumulus qui sont quelquefois plus récents. On en trouve essentiellement dans le centre et l’ouest de la Mongolie, mais on en rencontre aussi de l’autre côté de la frontière en Russie dans la république de Tuva, et ce style de dessin se retrouve jusqu’en Pologne.

Nous avons pu visiter le site touristique de Kushugin près de Mörön où se trouvent les pierres à cerfs les plus connues et les mieux décorées. Le site est depuis peu protégé par une clôture, mais heureusement l’endroit était désert lorsque nous sommes arrivés et nous avons pu admirer les pierres dans le calme absolu. C’est une chance, car au moment de partir on a vu arriver 6 4×4 de Japonais, ce qui a attiré le gardien qui a voulu nous vendre des billets d’entrée improbables ; trop tard, nous étions déjà au volant.

Même si ce site est très impressionnant, nous avons préféré découvrir des pierres à cerfs au hasard des pistes, et même si elles étaient moins belles ou moins nombreuses, nous les avons appréciées avec beaucoup plus de plaisir.

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10 ans après

.. ou neuf ans plutôt, car c’est en 2006 que je suis venu en Mongolie pour la première fois – à moto à l’époque. J’ai beaucoup oublié depuis, mais j’ai retrouvé le pays tel que je m’en souvenais, avec quelques différences majeures toutefois.

Le passage de frontière est toujours identique, le goudron s’arrête précisément là où commence le territoire mongol. Par contre, une vingtaine de kilomètres plus loin, grosse surprise : un goudron (presque) neuf ! Pour une raison que seuls les Mongols connaissent, la nouvelle route s’arrête quelques km avant la frontière. Elle fait environ 100 km en direction de Olgii et du lac Tolboo.

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Deuxième choc en arrivant à Olgii : là où je me souvenais d’une ville décrépie, où on se promenait dans l’obscurité totale dès la nuit tombée, où on avait trouvé un seul hôtel pour se loger, et guère plus de station service, nous débarquons par une avenue bordée de lampadaires. Et des stations-service flambant neuves, pas une mais au moins cinq l’une à coté de l’autre.

En 2006..
En 2006…
.. et en 2015
… et en 2015

A Oulan-Bator il y a 9 ans on voyait déjà l’argent arriver et transformer la ville ; mais les villes de province étaient à l’écart, dans un autre monde. On voyait déjà beaucoup de 4×4 et des voitures japonaises dans la capitale, mais en province c’était principalement des jeeps et des vieilles camionnettes russes qui dominaient. Plus maintenant. En arrivant à Olggi, on ne croise plus que des Landcruisers de dernière génération, des Prius, et même.. des Hummers ! Pas de doute, c’est le signe de nouveaux riches qui ne savent pas trop comment dépenser les millions qui viennent de la vente de leurs ressources naturelles : mines de charbon et de cuivre, uranium, etc… En parlant de charbon, c’est en arrivant à une mine qu’on a trouvé la plus belle route du pays. Qui ne sert apparemment qu’aux camions qui transportent le charbon vers la Chine ! Le progrès ne profite pas à tout le monde.

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Les plus petits villages ont aussi évolué : en général, le progrès commence par la pose de lampadaires, d’une station service moderne (pour remplacer la pompe actionnée manuellement) et surtout, un poste de police flambant neuf. Est-il vraiment indispensable que les flics aient un nouveau bâtiment avant les profs ?

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Autre signe de modernitude : la multiplication des relais GSM, qui permettent de communiquer avec son portable dans chaque bled ou presque. Exit donc les femmes assises au bord de la route avec un téléphone portable qui faisaient office de cabine téléphonique ; tout le monde semble être connecté par portable actuellement. Par contre, pas de 3G hors des villes importantes : Facebook n’a pas encore complètement envahi la vie des Mongols. Mais en ville, comme dans beaucoup de pays en voie de développement, il est très facile de se connecter à internet avec son smartphone. Il y a 10 ans, il fallait trouver un café internet à Ulan-Bator (qui ont quasiment disparus depuis) pour lire quelques mails, ensuite on était déconnecté pendant le reste du voyage – ce qui, d’un coté, n’était pas plus mal.

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Heureusement, dans la campagne la vie nomade n’a pas changé du tout. Bien sûr, on voit souvent une antenne satellite à coté de la yourte mais c’est déjà le cas depuis longtemps, et les petits postes TV ont largement plus de 10 ans. On voit un peu plus de voiture de tourisme près des yourtes et moins de jeeps russes, un signe de richesse probablement alors que la jeep est quand même plus pratique sur ce genre de routes. La moto reste comme toujours le moyen le plus économique et pratique pour se rendre en ville depuis son campement.

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Un autre changement important lorsqu’on vient dans ce pays en voiture ou en moto, c’est la possibilité d’avoir des cartes sur son GPS. Si le GPS était déjà facilement disponible à l’époque, il n’y avait guère que des cartes très générales que l’on pouvait charger – les grandes axes uniquement. Il fallait naviguer surtout au cap et avec des cartes peu précises. Depuis lors, Openstreetmap à révolutionné le paysage et même si la couverture du pays y est encore très partielle, c’est à des années-lumières de ce qui était possible il y a seulement quelques années. Avec un risque, qui est celui de rester bloquer sur son écran plutôt que d’ouvrir les yeux, chercher la piste et tenter des routes impossibles – ou simplement qui restent à découvrir.

La bonne nouvelle est donc qu’il est toujours possible de traverser le pays en se plongeant dans la vie nomade, et visiblement les changements sont assez lents pour que cela reste le cas pendant de longues années. Il faut juste éviter Oulan-Bator et les grandes villes, ainsi que les centres touristiques majeurs et on pourrait presque se croire à l’époque de Genghis Khan.

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Lac Hövsgöl

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Après 1h de route sur un goudron en très bon état, nous arrivons au lac Hövsgöl, un des sites les plus touristiques de Mongolie, la « perle bleue » du pays ou encore “la Suisse” Mongole. Ce lac constitue la première ressource en eau du pays (et concentre 93% du stock d’eau douce). Très profond (260 m), il est réputé pour ses eaux très pures, contrairement au lac Uuvs, le plus grand lac du pays, dont les eaux salées sont impropres à la consommation. Comme le lac Baïkal, le lac Hövsgöl occupe un fossé d’effondrement tectonique, un rift, c’est-à-dire une zone où la croute terrestre est en extension. Son bassin d’alimentation est extrêmement réduit, il n’est alimenté que par très peu de rivières, et ainsi ses eaux ne sont pas troublées par des apports de sédiments et sont particulièrement claires.

Le lac est gelé durant la moitié de l’année. Jusque dans les années 2000, les camions pouvaient rouler dessus pendant l’hiver et assurer les échanges de marchandises avec la Russie. Mais pour préserver la qualité des eaux du lac face aux rejets de gasoil et d’huile de moteur, et éviter que le fond ne soit jonché d’épaves de camions qui passent à travers la glace (eh oui, ça arrive), le trafic sur le lac est maintenant interdit.

Le lac fait partie d’un parc national, l’entrée est payante mais ensuite, tout est quasiment permis : il faut simplement camper dans les endroits autorisés, mais on peut faire du feu, ramasser des plantes à condition de ne pas exagérer, pécher à condition d’avoir acheté son permis, prendre le promène-couillons qui fait un tour sur le lac, etc… et les locaux peuvent construire des camps de yourte ou de tipis à la mode Tsaatan (les éleveurs de rennes du nord-ouest de la Mongolie), des hôtels, des chiottes, des pizzerias, installer des antennes pour capter la 3G, etc, etc. En fait, le bord du lac ressemble un peu à la plage des Lèques (pour ceux qui connaissent) : après le dernier patelin (Khatgal) qui concentre les marchands de souvenirs, c’est une série ininterrompue de campements de yourtes. Nous sommes assez déçus, le paysage ne nous parait pas si fantastique que ça. Une forêt dense de mélèzes entoure le lac, pour la Mongolie, c’est assez rare, et pour ceux qui arrivent de la steppe ou d’Oulan Bator, ça change, mais bon… rien d’exceptionnel. On doit être hyper difficiles… Et puis la température de l’eau est en moyenne de 12 ° C en été, baignable par temps de canicule, mais là, … heu,… ce n’est pas tout à fait le cas!

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Il est vrai que le temps commence à se couvrir et à fraichir. On installe le camp dans une clairière, avec nos amis les yaks. Apéro sur la plage, grillades et vin italien… Le lendemain on balade dans la forêt à la recherche de champignons, mais des bons, on n’en trouve pas… :-(  On fait quelques trous dans les arbres pour extraire un carotte et avoir une idée de leur âge (déformation professionnelle de Cécile). Ils doivent être très vieux car leurs cernes sont très minces, mais ils sont presque tous creux, leur centre est carbonisé, la forêt a dû bruler à plusieurs reprises.

Sur le lac, nous apercevons l’ensemble de la flotte militaire mongole, qui se résume à un bateau, un remorqueur, le Sukhbaatar III (les numéros I et II reposent en paix au fond du lac) qui sert aujourd’hui à transporter des marchandises entre les rives nord et sud (1 journée de bateau ou 4 jours à cheval car il n’y a pas de route, le choix est vite fait).

Le lendemain : 10°C, pluie, vent… là c’est carrément moins drôle… on plie le camp et on se réfugie à Mörön, dans un hôtel. Profitons de la civilisation, ce ne sera pas toujours possible…

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Toute la flotte militaire mongole réunie

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Route Nord

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Après un mois dans l’Ouest de la Mongolie nous partons rejoindre le lac Hövsgöl par la route Nord. Nous quittons Ulaangom après avoir fait le plein (de bon gasoil cette fois, … enfin, on espère !) mais nous nous rendons vite compte qu’une des pattes qui tient la galerie commence à se fissurer (du côté qui était encore intact, pfff…). Il y a près de 700 km de piste avant Mörön, la prochaine « grande » ville, donc il vaut mieux réparer avant que cela s’aggrave. Donc retour à Ulaangom pour une nouvelle soudure. Le prix d’entrée dans la ville n’est pas le même que la veille, c’est à la tête du client, et dans le bon sens puisque cette fois-ci nous payons moins cher.

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cette fois on a trouvé un carton pour protéger la vitre… facile!
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Tickets de péage pour entrer dans la ville d’Ulangoom: 0,5€ un jour, 0,25€ le lendemain.. on est devenus copains avec le garde barrière
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La route principale? … c’est à gauche!

 

Nous quittons le goudron à la sortie de la ville pour prendre la route principale, c’est-à-dire la piste pourrie qui tourne à gauche (la logique des travaux routiers en Mongolie est impénétrable). Nous longeons le lac Uuvs, le plus grand lac de Mongolie, mais qui n’est pas très propice à la baignade : le lac est très peu profond et la rive infestée d’algues ; en plus, les animaux y pataugent allégrement.

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Rivages du lac Uuvs

 

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Champ de blé à maturité… il vaut mieux compter sur les sacs de farine chinois que sur l’autosuffisance.

Plus loin nous traversons une vaste zone de culture de céréales, la première exploitation agricole que nous voyons en dehors des plantations de pastèques près de Hovd. Mais ce n’est pas la Beauce, les épis sont clairsemés et les rendements ne doivent pas être exceptionnels.

Nous longeons un cordon de dunes, soit disant les plus septentrionales du monde, même si ce n’est pas tout à fait vrai. Elles sont en partie fixées par des mélèzes, et surtout, curieusement, on y trouve du thym et des plantes de montagne. La route est globalement assez bonne, mais parfois nous préférons traverser les rivières à gué qu’emprunter les ponts.

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un pont, presque neuf…
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Tous les 50 – 100 km nous traversons un village aux toits très colorés, les yourtes sont plus rares ici. A Tsetserleg nous tombons sur la commémoration des 90 ans de l’école, tout le monde est sur son 31. Au bout de 3 jours et 650 km de piste, nous arrivons enfin à Mörön, une ville touristique du fait de sa proximité avec le lac Hövsgöl, et retrouvons le goudron. Heureusement, car la patte de la galerie a commencé à se fissurer, encore, et les grincements sont insupportables.

Pour nous remettre de cette longue route, nous faisons péter le saucisson, le fromage, les tomates fraiches, le choco et le vin rouge…

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Le coup de la panne

 

20150808-1Reposés, chargés à bloc en fruits et légumes, nous quittons la Russie après avoir fait le plein de 200 litres, le gasoil étant très bon marché ici (0,5€/l) ; nous repassons la frontière vers la Mongolie facilement car maintenant les douaniers nous connaissent, et à part quelques voitures du Mongol Rallye, il y a très peu de monde.

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Diagnostic par téléphone

Quelques kilomètres après la frontière, dans un petit col à 2500 m, la voiture commence à toussoter et à fumer blanc, aïe, aïe aïe… Nous arrivons tant bien que mal à Olgii, environ 80 km après la frontière mongole. C’est une petite ville, nous y sommes déjà passés et savons qu’il n’y a pas grand-chose comme atelier de réparation sérieux. Nous nous arrêtons à la guest-house que nous connaissons et où la patronne parle anglais pour lui demander une adresse sérieuse. Elle n’est pas là, partie en Chine, mais nous rencontrons un chauffeur sympa, Tulga, qui accompagne un groupe de touristes et qui parle 3 mots d’anglais. Il tombe amoureux de notre voiture qu’il voudrait nous acheter (« gooood car ») et tient absolument à nous aider. Il appelle son frère qui habite à l’autre bout du pays et lui décrit la panne par téléphone en lui faisant écouter le bruit des ratés du moteur. Ce doit être les injecteurs… Mouais, on lui demande plutôt des adresses de professionnels.

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Regardez mais ne touchez à rien les gars…

 

Nous voilà partis faire le tour des garages de la ville, en commençant par les plus pourris : 2 gars couverts d’huile travaillent dans la poussière d’une cour… heu, bon, ce n’est pas là qu’on va avoir de l’aide…  Finalement on lui donne l’adresse d’un garage correct, un vrai atelier avec une dalle en béton, (à peu près) propre, des lifts, wouaou, un lieu inespéré dans cette ville. Mais bon, c’est trop tard, il faudra revenir demain.

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Bivouac en arrière de la station

En attendant notre ami veut absolument vérifier le calage de la distribution (quel rapport ? mais il est très sympa et veut aider, alors difficile de le repousser), commence à démonter le carter, mais la nuit tombe, heureusement. On décide de bivouaquer dans la rue, derrière une pompe à essence, à l’extérieur de la guest-house : on ne demande pas à y rester, car la dernière fois la patronne nous a pris pour des Américains en nous faisant payer assez cher pour dormir dans la voiture dans la cour, prendre une douche (froide) et faire le plein d’eau. De toute façon il n’y a aucun trafic la nuit, c’est calme, ce ne sera pas notre plus beau bivouac mais tant pis.

 

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En pool position pour rentrer dans le garage

Le lendemain à l’aube nous sommes réveillés par Tulga, impatient d’examiner encore le moteur de cette « gooood car ». Laurent avait posté la veille une question sur un forum il vérifie les réponses : cela ressemble à un problème de vanne EGR… sauf que notre voiture n’a pas de vanne EGR. Puis nous partons vers le garage, mais c’est trop tôt, encore fermé. Une file de voiture attend néanmoins déjà devant la boutique. Nous rencontrons un guide kazakh, Nurlan, qui parle bien anglais, et qui nous confirme que le service est sérieux et rapide, d’où l’affluence, cela nous rassure un peu. Plus tard, ça s’agite, le portail s’ouvre et 5 voitures se ruent à l’intérieur pour prendre les places sur les lifts. Avec l’aide de Tulga, nous arrivons à attraper le boss et à lui expliquer le problème mais cela n’a pas l’air de trop l’intéresser, il bosse sur une autre voiture et va de temps en temps jeter un œil aux ouvriers qui travaillent sur les autres. Naïvement, nous attendons notre tour… qui ne vient pas vraiment… Heureusement Nurlan vient nous expliquer la marche à suivre : il faut se jeter dans le garage dès qu’une place se libère. Premier arrivé, premier servi ! C’est comme ça que cela se passe, ici comme ailleurs, au guichet de la douane, aux caisses du supermarché. C’est comme un jeu, celui qui arrive à passer devant tout le monde a gagné, les autres le prennent bien à la différence de chez nous, personne ne s’offusque ni ne se bagarre. Bon, OK on fait comme ça : dès que la prochaine voiture sort, Laurent se jette et rentre notre Land Cruiser dans l’atelier. Encore un peu d’attente et le boss s’occupe enfin de nous. Il fait un essai de moteur : notre Land fume énormément et tout l’atelier est noyé d’une épaisse fumée blanche ; cela ne dérange personne (même pas les autres clients avec leurs bébés). Attroupement autour du capot : ici tout le monde participe, pas comme chez nous où les clients ne sont pas autorisés à rester dans l’atelier.

On commence par changer le filtre à gasoil. Nouvel essai : l’atelier est à nouveau complètement enfumé, ce n’était donc pas un problème de filtre – par contre les poumons des mécanos ont perdu 2 ans d’espérance de vie. Vient alors une autre hypothèse, qui nous rassure parce que c’est la plus simple et la plus évidente : le problème peut venir d’un gasoil de mauvaise qualité. Il faut donc enlever les plaques de protection et vidanger le réservoir (qui est à moitié plein…). Mais il n’y a pas de récipient pour vidanger dans le garage. Avant que je parte au marché acheter une bassine en plastique, Nurlan nous demande s’il peut prendre le gasoil qui va être vidangé : bien entendu… s’il est réellement daubé. Il part en flèche chercher un récipient, on vidange et il repart heureux avec 35 litres de gasoil avant que l’on sache s’il est réellement daubé – lui en tous cas ne semble pas trop s’en préoccuper. Entretemps arrive la pause déjeuner, les portes ferment et nous allons picniquer sur le parking. Finalement, 1 heure plus tard, ça s’agite : il manque un joint pour refermer le réservoir et le patron est absent. Lorsqu’il revient enfin de sa pause, il trouve un joint et emmène Laurent chercher du diesel dans une bonne station servie. Il passe d’abord chez lui chercher un bidon (il habite une des plus belles maisons du quartier), mais il a oublié les clés, revient au garage les chercher, repart, entre dans la station à fond de cale en klaxonnant, revient au garage (il est un peu speed…) et nous voilà prêts pour une nouvelle tentative. Cette fois, le patron a eu pitié de ses mécanos, il fait tourner le moteur à l’EXTERIEUR du garage. La fumée blanche envahie la cour mais peu à peu elle devient moins épaisse, il sourit triomphalement, le problème est réglé ! Il part faire un essai sur la route avec Laurent, effectivement ça va mieux. On s’est fait avoir par les russes sur ce coup, 200 litres de gasoil à jeter, pfff… Enfin, ce n’est pas perdu pour tout le monde, Nurlan va le récupérer pour faire (semble-t-il) tourner son groupe électrogène qui est moins délicat que le moteur du LandCruiser. Ou peut-être le revendre à un chauffeur de Kamaz moins délicat…

Vient le moment de la douloureuse : le patron nous a vu heureux et soulagés et nous demande 100$. Cela aura pris la journée entière mais en temps effectif de travail… une heure ou 2 tout au plus. Le prix passe rapidement à 75$, et finalement on lui laisse 50€ ce qui est bien payé (l’heure doit être à 10€ et le filtre à GO pas très cher), et on part chez Nurlan boire le thé pendant qu’il siphonne à grandes gorgées les 100 litres qui traînent encore dans le réservoir supplémentaire. C’est son jour de chance !

Enfoirés de Ruskofs ! Mais au total, on est rassurés, la voiture va bien, plus de peur que de mal, sauf un peu au portefeuille, on va pouvoir continuer tranquille.

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Nos amis les douaniers

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Uureg Nuur
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Poste de douane de Borshoo

1 mois en Mongolie, déjà, et notre visa arrive à sa fin. Il faut donc que nous sortions du pays pour ensuite pouvoir y revenir. Tous les postes frontières sont fermés aux étrangers, sauf à l’Ouest celui de Tanshanta par lequel nous sommes arrivés, celui de Kiakhta au Nord (très loin d’où nous nous trouvons) et encore un autre, encore plus loin, tout à l’Est du pays. Mais nous avions entendu parler de l’ouverture aux touristes d’une nouvelle douane, à Borshoo, ce qui nous aurait permis de visiter la république de Touva en Russie (nous avions obtenu le permis spécial). Malheureusement, lorsque nous nous sommes pointés à ce poste frontière, un gros douanier huileux s’est bien foutu de nous en regardant nos passeports et en nous disant « Niet… » demi-tour, c’est pas pour vous ici…

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Pffffffffffff……… 2 jours de piste pour rien, sur un itinéraire que nous connaissions déjà, mais qui heureusement est superbe. Les quelques gués qui agrémentent le parcours ne nous impressionnent plus beaucoup.

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Ce sera l’occasion de prendre de belles photos et de découvrir des gravures rupestres (peut-être pas très anciennes mais la découverte est toujours excitante).

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Gravures rupestres de -10000 ans (ou de -100 ans ?)

Retour au poste de Tashanta donc. Passage beaucoup plus rapide qu’à l’aller car ce n’est pas la même affluence qu’au moment où nous sommes arrivés, juste avant le Nadaam. Retour à Koch Agach où nous nous offrons un « bania » dans une guest-house, et surtout des fruits et légumes et de la viande autre que du mouton, le bonheur !

Il fait beau, nous allons refaire quelques images du fond de l’ancien lac glaciaire (voir ici). Nous les partagerons lorsqu’elles seront montées.

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Nous espérions avoir notre autorisation pour aller balader dans l’Altaï du côté russe : il y a un mois, nous avions fait la demande auprès du FSB (l’ancien KGB) (voir ce post). Nous nous présentons donc à nouveau dans leurs bureaux, ils pensaient s’être débarrassés de nous mais non, nous revoilà. Nous demandons notre permis : niet ! Niet ?! Why ? Ah, ben le gars qui devait s’en occuper, peuchère, il vient de mourir dans un accident de voiture ! Nooonnn ! celle là on ne nous l’avait jamais fait ! Morts de rire, nous repartons ce n’est pas grave, nous allons retourner en Mongolie.

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Toujours pas de lunettes de protection, mais un meilleur poste à souder

On fait réparer la soudure de la galerie qui a sauté, une petite vidange à la voiture, le plein des deux réservoirs (ici le gasoil n’est pas cher), et hop, demain on passe la douane dans l’autre sens et on repart en Mongolie.

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Traversée de l’Altaï

Après la ville d’Altaï et quelques centaines de kilomètres de tôle ondulée sur la route Sud, nous décidons de quitter cette route principale totalement pourrie et inintéressante pour visiter les montagnes de l’Altaï et de tenter de traverser le massif en s’approchant au plus près des plus hauts sommets. Evidemment, les cartes sont très approximatives comme souvent, et les pistes ne sont pas indiquées, nous allons donc explorer…

Nous entrons dans les montagnes par une jolie vallée, où se trouve une mine de charbon (exploitation à ciel ouvert, bonjour la poussière…). Et juste après, … une magnifique route neuve et goudronnée (déjà foutue au niveau de la sortie des camions) , complètement improbable au milieu des montagnes mongoles. La route part de la mine et mène à la frontière chinoise, elle a été construite par les Chinois et les Coréens. On espère que les contreparties ont été juteuses pour les Mongols… Nous campons pas très loin de la route (pas gênés par le trafic, car personne ne l’emprunte) et le lendemain repartons sur les pistes de montagne.

Après une journée de mauvais temps et une tentative ratée pour franchir un col à 3000 m (la piste se perd dans les pâturages), nous redescendons une jolie vallée pleine de fleurs, traversons plusieurs gués (sans problème cette fois puisque je vais les reconnaitre à pied dans l’eau glacée…). Malheureusement la piste que nous voulons prendre est coupée, une pelle mécanique et une demi-douzaine d’ouvriers sont en train de la refaire, à la méthode mongole… c’est-à-dire que le résultat n’est pas tout à fait plat, sans vouloir médire…

Comment faire pour continuer ? … par la montagne comprend-t-on … Bon, OK, on décide donc de prendre la piste qu’on nous indique. Nous passons une série de cols et arrivons sur un plateau d’altitude où une stupa est installée. Ce lieu doit être sacré, nous découvrons aussi de nombreux tumulus (il y en a partout en Mongolie, mais ici nous sommes particulièrement isolés, perdus dans la montagne) et des pierres gravées. Nous continuons au hasard dans une vallée mais la piste devient de plus en plus mauvaise et nous aboutissons au pied des cirques glaciaires, une jolie impasse.

Nous rebroussons chemin, prenons une une autre piste qui nous amène près d’un magnifique lac, parfait pour camper. Le lendemain nous parvenons enfin à trouver le col, à 3100m, qui nous permet de redescendre de l’autre côté de la chaine de montagne. Nous arrivons sur un plateau où se trouvent de nombreuses yourtes d’éleveurs de yaks. C’est étonnant de voir certains coins complètement vides (alors que les pâturages semblent riches) et d’autres endroits très occupés. Il faut les comprendre, les nomades vivent isolés mais aiment se regrouper et pouvoir aller visiter les autres familles qui campent à proximité.

Nous redescendons par une piste très accidentée qui met nos nerfs et notre voiture à l’épreuve, mais, bon, c’est le chemin principal, eux circulent à moto, c’est bien plus facile. Encore quelques cols (sur une meilleure route), des rencontres avec des yaks, des chameaux et des aigles, puis nous sommes de retour à Ölgii pour refaire le plein de provisions et repartir vers la Russie car notre visa mongol expire dans quelques jours. Mais nous reviendrons bientôt en Mongolie, vers le centre du pays cette fois.

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Rencontres sur les routes

Les Mongols que nous rencontrons sont en très grande majorité très accueillants et généreux. Dès qu’ils parlent trois mots d’anglais, ils nous demandent si nous avons besoin d’aide. Et partout, la tradition est d’inviter les voyageurs à partager un thé, un beignet, un bout de fromage ou un repas. Pour beaucoup, c’est aussi l’occasion de boire de la vodka.

20150724-22Lors de notre balade aux sources de la rivière Mukhart (voir post précédent), nous nous étions arrêtés en haut d’une dune pour regarder la suite de la piste qui avait l’air assez scabreuse. A ce moment-là, un gros 4×4 tout équipé, GPS, intérieur cuir etc, arrive avec 2 gars qui nous font signe de les suivre. Nous qui croyons être seuls au monde au bout d’une piste perdue, c’est raté ! Il faut dire que le coin est exceptionnel. Ce sont des touristes mongols qui viennent d’Oulan Bator y passer quelques jours. Nous arrivons à leur campement où toute la famille et les copains sont installés : tentes, barbecue, sono, etc… Ils nous invitent à manger du mouton bouilli, c’est la première fois que nous mangeons du bon gigot, un vrai régal !

Une autre fois, nous piqueniquons au bord de la route. Il faut dire qu’en temps normal, on peut passer une journée ou plus sur une piste sans voir personne. Là, deux camionnettes s’arrêtent, 24 personnes en descendent : ce sont des Mongols qui reviennent d’un mariage. Ils sont tous habillés sur leur 31, tenue traditionnelle pour les hommes, jolies robes et talons pour les femmes. Ils sont aussi largement équipés en bouteilles de vodka, qu’il faut absolument partager avec eux. Laurent boit cul sec, moi j’ai beaucoup de mal, mais c’est presque impossible de refuser … A part la vodka, les photos font aussi partie du rituel de la rencontre.

 

Il y a quelques jours, nous nous sommes arrêtés en pleine montagne pour demander notre chemin. Un couple était en train de traire leurs yaks. Une fois la traite terminée, le lait mis à cuire pour faire le fromage, nous avons bu le thé, mangé quelques biscuits, fait un essayage de manteau traditionnel (il y a plus sexy comme tenue, il faut bien l’avouer…), puis le mari a pris sa moto pour nous montrer le chemin. Sa femme est montée d’office sur le siège passager avec ses provisions (ça faisait partie du deal apparemment), et nous sommes partis à travers un chaos de blocs, facile à moto, super pénible en voiture, nous ne saurons jamais s’il s’agissait de l’itinéraire principal ou d’un détour par chez ses copains…

De temps en temps, une rencontre est un peu intéressée : un gars qui veut absolument nous montrer son aigle et les gosses qui demandent des sous… mais c’est de bonne guerre (même si ça nous dérange d’encourager ce genre de pratiques).

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Avec les gens des villes, qui ne partent à la campagne qu’avec un sérieux stock de vodka, il faut avouer que les rencontres ont été plus pénibles : nous bivouaquons un soir au bord d’une rivière, où un groupe de Mongols avait passé la journée. Evidemment, trois d’entre-eux viennent voir si nous avons amené de la vodka. Déçus, ils repartent en fin d’après-midi, pas trop alcoolisés. Reste une famille avec un gars complétement bourré qui se retrouve seul sans ses copains et qui veut absolument continuer à picoler… impossible de s’en défaire, pfff… heureusement sa femme, qui ne doit pas avoir la vie facile, finit par arriver à l’embarquer.

Il arrive aussi souvent que nous ayons des visites au bivouac, même dans les endroits complètement perdus. On voit des gars arriver à cheval ou à moto, souvent des bergers qui gardent leur troupeau dans les parages et qui nous ont repérés. Nous leur offrons une tasse de thé, qu’ils goutent par politesse (mais le thé noir n’est pas la leur, de tasse, habitués qu’ils sont au thé au lait un peu salé), quelques biscuits, et ils repartent après avoir visité notre installation. Ils sont en général épatés par le réchaud à gaz et la douchette. Un berger nous demande de remplir une bassine d’eau pour donner à boire à son cheval, qui n’a vraisemblablement pas si soif que ça !

Malheureusement, il nous manque quelques mots de mongol pour pouvoir profiter de toutes ces rencontres, c’est dommage.

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Les sources du désert


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La province de Zavkhan est semi-désertique, on y trouve notamment un erg appelé Mongol Els, c’est-à-dire une zone de dunes de sable. Nous ne sommes pas vraiment équipés pour de longues traversées de sable profond (le landcruiser est très chargé et pas très puissant), mais cela ne nous a pas empêchés de prendre une petite piste bien marquée pour parvenir à un endroit à la fois insolite et magnifique : une rivière qui prend sa source au milieu des dunes et de perd 20 km plus loin dans le désert.

La rivière s’appelle Mukhart, ce qui veut dire “route sans issue” en mongol. L’eau provient de la nappe phréatique, qui affleure ici. Comme l’eau suinte et imbibe le sable, elle provoque un effondrement de la dune qui rappelle un théâtre grec, presque parfaitement circulaire.

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Il y a en fait deux sources à la rivière, que l’on a explorées l’une après l’autre. On accède à la première en voiture par une piste pas trop difficile. On débouche directement au sommet de la source, ce qui est particulièrement impressionnant.

En descendant la rivière, on arrive à une plage herbeuse très prisée des Mongols qui viennent se prendre une biture le dimanche après-midi en famille.

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L’accès à la deuxième source est différent : au bout d’une piste rocailleuse, on arrive on sommet d’une dune très raide : il faut prier qu’il y ait une autre voie pour ressortir car pas question de remonter cette pente ! On arrive alors à une zone de camping/picnic visiblement assez connue des Mongols – on y rencontre d’ailleurs un groupe qui nous fait déguster un délicieux gigot (voir le post de Cécile à venir). Pour découvrir la source et son immense amphithéâtre fermé sur 270 degrés, il faut laisser la voiture et franchir une petite dune. On marche à pied nus dans un petit filet d’eau qui devient de plus en plus glacée à mesure que l’on approche de la source.

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Pour repartir, la piste passe par le lit de la rivière sur quelques centaines de mètres ; il ne reste alors plus que quelques kilomètres de sable mou pour remonter sur la piste.

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