From July 2015

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On a encore des progrès à faire dans la négociation des passages à gué…

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Des lacs et des dunes

Nous venons de terminer un itinéraire magnifique dans le Zavkhan, une région peu visitée car assez éloignée des axes principaux, mais qui offre des paysages exceptionnels. Cette région est assez aride, et on y trouve de beaux champs de dunes, mais aussi de beaux lacs d’eau douce – et fraîche pour la baignade.

L’accès à la capitale, Ouliastaï, nous a fait souffrir : une route en construction inachevée, non entretenue, où notre moyenne n’a pas dépassé le 20km/h et mis nos nerfs à l’épreuve. Mais ensuite, les paysages se sont révélés fantastiques.

Nous avions repéré le lac Khar (qui signifie lac « noir », attention de très nombreux lacs portent le même nom…) sur Google Earth, un beau lac entouré de dunes. Nous ne savions pas trop comment y arriver car les cartes sont très approximatives, les pistes ne sont pas indiquées, et lorsqu’elles le sont, elles ne correspondent pas toujours à la réalité de terrain. Mais finalement, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait des pistes partout, et avec quelques points de repère sur le GPS, en navigant au cap on finit toujours par s’en sortir. Nous rencontrons des Mongols qui voyagent sans aucune carte ni GPS, inconcevable pour nous européens. Mais eux peuvent facilement demander leur chemin. Pour nous c’est plus problématique étant donné que nous n’avons pas tout à fait la bonne prononciation, qu’on ne sait pas dire « où est…. ? » et que de toute façon on ne comprend pas les réponses. En plus, une fois sur deux, le nom des patelins est différent sur les cartes et sur le terrain.

DSC08689Malgré tout, nous trouvons la bonne piste, très accidentée mais finalement assez fréquentée car nous croisons de nombreux campements de yourtes et une vingtaine de voitures de touristes mongols venus se balader au lac. Les paysages sont magnifiques et très variés : vous verrez sur les photos qu’on pourrait se croire aussi bien sur une petite île grecque qu’au fin fond de la Mongolie. Le seul problème, comme souvent, ce sont les insectes qui infestent les bords du lac. Finalement, ceux-là sont nombreux mais inoffensifs.

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Incroyable, sur les bords du lac, au milieu des dunes, je trouve quoi… ? du thym ! J’avais vaguement entendu dire qu’il y en avait en Mongolie, cela faisait un moment que j’en cherchais, mais je ne m’attendais pas à DSC08456-2le trouver ici. Heureusement qu’il était en fleur, sinon il aurait été difficilement repérable car il ne fait pas de beaux petits buissons comme chez nous mais rampe dans le sable. Bon, ce soir, ragout patates, carottes, oignons au thym, ouf, ça change du mouton !

Nous continuons vers le lac Bayan mais nous ne sommes pas très sûrs de nous car là encore nous naviguons à vue et la piste traverse des champs de dunes où la galère de l’ensablement nous guette sérieusement. Nous nous arrêtons pour demander notre chemin et tombons sur une universitaire de plus de 80 ans qui arrose un jardin au milieu des dunes dans lequel sont plantés des petits mélèzes. Elle gère un centre scientifique et l’alevinage du lac. La pêche se fait au filet, les poissons sont donc trop petits pour nous, nous avons pitié et ne sortons pas la canne à pêche.

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Quelques dizaines de kilomètres plus loin, nous repérons un attroupement autour d’une dizaine de yourtes : il s’agit d’une fête organisée sur un lieu sacré à l’emplacement d’un ancien monastère bouddhiste détruit du temps du soviétisme. C‘est une sorte de mini-Nadam, avec des combats de lutte et des courses de chevaux. Mais cette fois nous sommes au milieu de la steppe, au pied des dunes, l’ambiance est plus authentique qu’en ville.

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Nous continuons en embarquant dans notre voiture un couple qui va au village voisin. Ils nous invitent chez eux mais ont perdu les clés de leur maison. Finalement elle passe par la fenêtre pour ouvrir de l’intérieur, lui c’est un ancien lutteur qui a pris quelques kilos et qui n’aurait jamais pu rentrer.DSC09095

Nous visitons avec eux le temple bouddhiste dont ils sont très fiers et partons bivouaquer sur un petit col, encore un emplacement de camping pas dégueu.

 

Finalement le lac Bayan ne s’avère pas si intéressant que ça, le temps est nuageux, la lumière moins belle et les insectes agressifs, on décide de continuer et d’aller voir derrière les dunes… mais ça, c’est une autre histoire…

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Embourbés dans la faille !

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La Mongolie est un pays qui a connu des tremblements de terre très importants (le dernier date de 1905). Cela est dû à la collision des plaques tectoniques eurasiatique et indienne et à la présence de grande failles actives. Nous longeons celle qui passe au nord du pays et qui borde le lac Bust (voir la carte ci-dessous).

Le problème des failles et en particulier de celle-ci, c’est qu’elle perturbe l’écoulement de l’eau le long du versant et crée des marigots imprévus et difficiles à voir au milieu de la piste. Voir le résultat ci-dessous.

Bien tanqué!
Bien tanqué!
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C'est le spectacle pour tout le monde
C’est le spectacle pour tout le monde
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Ah ces touristes qui labourent les paturages... ils ne respectent rien!
Ah ces touristes qui labourent les paturages… ils ne respectent rien!

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Génie civil dans la steppe

IMG_7717Les Mongols sont traditionnellement nomades et vivent dans une yourte (qu’on appelle ici “gir”, mais on va garder le nom “yourte” pour simplifier). Cette tente est non seulement très confortable, mais aussi étonnamment facile à monter et démonter. Autrefois, le transport de la yourte se faisait à dos de chameaux, mais depuis les camions ont remplacé les quadrupèdes bosselés.

On a eu l’occasion de croiser une famille qui déplaçait sa tente, alors on s’est joint à eux pour assister à l’opération de montage (et faire semblant de donner un coup de main, bien qu’ils en aient pas besoin).

Tout d’abord, le choix du terrain : cette partie nous échappe un peu, on a l’impression qu’ils sont déplacé leur yourte de 500 mètres. Quoi qu’il en soit, une fois l’emplacement choisi, on rapproche le camion et on commence à décharger les pièces.

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On reconnait la porte, les parois en caillebotis et le tonoo, la pièce en forme de roue qui servira d’ouverture centrale, mais aussi et surtout qui soutiendra les perches qui forment le toit.

ger-2La toute première pièce du puzzle à poser est la porte : elle détermine l’exposition de la yourte. Ensuite, les caillebotis qui donneront la rigidité aux parois (hmmm… à la paroi, il y en a qu’une, circulaire, mais la circonférence dépend du nombre de murs / caillebotis qui sont utilisés) sont posés et attachés entre eux et à la porte pour former une structure à peu près circulaire (elle sera ajustée parfaitement plus tard grâce aux perches).
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Pendant ce temps, Cécile aide à décharger les perches.
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Mais avant tout, il faut placer la couronne, la clef de voûte qui va les soutenir et offrir une ouverture afin d’évacuer la fumée du foyer et amener un un peu de lumière.

ger-7La couronne est soutenue par deux piliers qui sont attachés par des cordelettes.  ger-8

Finalement, on dresse la couronne et on la place à son emplacement définitif, au centre, face à la porte.ger-9On peut ensuite poser les perches entre les parois et la couronne. Elles sont simplement insérées dans les trous prévus pour dans la couronne, et attachées avec une ficelle aux murs. Lorsque la paroi extérieure sera sanglée, elles seront solidement fixées.

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La longueur des perches donnera une forme circulaire à l’extérieur. On donne un coup de main, mais je soupçonne le patron de discrètement vérifier notre boulot après pour ne pas recevoir leur plafond sur la tête dans quelques heures…ger-13Il faut encore bien aligner les piliers avec la porte et faire quelques réglages, après ce sera trop tard.

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Voilà, ça commence à ressembler à quelque chose. Prochaine opération, couvrir le toit. On commence par une simple toile de coton.

ger-15 ger-16 ger-17 ger-18Puis vient la première couche de feutre épais pour l’isolation.

ger-19 ger-20 ger-21 ger-22Ensuite c’est le tour des parois, encore du feutre mais agrémenté d’un patchwork de vieux t-shirts et pantalons. Ce n’est pas pour la décor, tout cela sera caché. Plutôt pour aider à la manipulation du feutre.

ger-23 ger-24 ger-25 ger-26Comme les hivers sont rigoureux, et les étés chauds, on ajoute une deuxième couche de feutre sur le toit.

ger-27 ger-28Seule (ou presque) concession à la modernité, on insère maintenant un plastique pour contrer l’humidité.

ger-29 ger-30C’est presque fini, il faut encore ajouter une bâche en coton épais qui protègera le feutre des intempéries (toujours en gardant l’ouverture au centre du toit). En effet, le coton mouillé devient imperméable.

ger-31 ger-32 ger-33 ger-34Enfin, la dernière couche, qui lui donnera son bel aspect blanc éclatant, une toile en coton fin.

ger-35 ger-36 ger-38 ger-37Un gamin monte sur le toit pour ajuster la toile, c’est la preuve que c’est du solide ! (on respire).

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Une partie de la toile est mobile, elle permet de couvrir l’ouverture du toit quand il pleut.

ger-41Dernière opération de gros-oeuvre, on sangle le tout de trois rangs de corde pour rigidifier la structure et empêcher la toile de s’envoler.

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Pendant ce temps, les nanas s’ennuient alors elles décident d’appeler leurs copines grâce au réseau GSM qu’elle captent avec une antenne râteau (on est à proximité d’un bled, ça passe pas partout).

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Maintenant que le bâtiment est hors d’eau, on peut passer à l’aménagement intérieur.

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On commence par la pièce centrale et la plus importante : le poêle. ger-46

Non seulement ça chauffe la yourte (-30, -40 en hiver quand même), mais en plus il faut faire à manger.ger-47 ger-48On installe la cuisine… aïe, fallait peut-être la poser avant les murs ?

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Non, ça passe en souplesse.

L’hospitalité mongole étant ce qu’elle est, impossible de partir avant qu’on ait mangé quelque chose (des nouilles avec du mouton).

ger-51 ger-54Un peu de déco intérieure pour cacher la structure en caillebotis.

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Et voilà, il reste encore à installer le mobilier (les deux lits et le commodes).

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Un petit selfie avec les touristes qui comprennent rien à ce qu’on leur dit…

ger-49.. et on peut manger (y compris le biberon pour l’agneau qui vient de naître et dont la maman est morte).

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En accéléré, ça donne à peu près ça :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lac Khyargas

Quelques photos de la région du lac Khyargas, un lac salé au milieu du désert et d’un beau bivouac au bout d’une presqu’île. Une belle soirée pour sortir le cerf volant (et le vent chasse les moustiques 😉  )

 

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Nadaam à Olgi

Nous avons eu la chance d’assister au Nadaam, la fête nationale mongole, à Olgi, une petite ville près de la frontière russe. Ici la population est essentiellement d’origine kazakh. Les attractions principales sont les courses de chevaux et les combats de luttes, une occasion inespérée de contempler les beaux gars en slip “pampers”. Je vous laisse les découvrir ci dessous.

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Le Nadaam c'est aussi l'occasion de défiler, l'équivalent de notre 14 juillet
Le Nadaam c’est aussi l’occasion de défiler, l’équivalent de notre 14 juillet
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Les courses de chevaux se déroulent à l’écart de la ville, il faut dire qu’on est assez loin du tiercé à Auteuil, il s’agit de parcourir 30 km en ligne. Le public installe de petites tentes pour s’abriter du vent. Les vendeurs de khuchur, de buz et de coca ont déménagé pour l’occasion. C’est un embouteillage monstre dans la steppe au moment de repartir. Les flics sont débordés…

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Les jockeys sont tous des enfants
Les jockeys sont tous des enfants
Course vers la ligne d'arrivée.
Course vers la ligne d’arrivée.
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Les deux premières casaques kazakhs au coude à coude.
Les deux premières casaques kazakhs au coude à coude.
Les enfants montent sans selle., pour alléger au maximum le cheval.
Les enfants montent sans selle., pour alléger au maximum le cheval.
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Dégustation de khushur, des beignets au mouton
Dégustation de khushur, des beignets au mouton
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Terrain de basket installé pour l'occasion
Terrain de basket installé pour l’occasion
Shashlika
Shashlika
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Entretemps, comme les arrivées des courses sont espacées d’une heure ou deux, les Kazakhs organisent un petit tournois d’un jeu local, une espèce de bouzkachi à deux : les cavaliers agrippent une peau de mouton et le premier qui arrive à l’arracher des mains de l’autre à gagné. Tout cela à dos de cheval, et parfois au grand galop !

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Jeu kazakh de lutte à cheval, une espèce de bouzkachi simplifié
Jeu kazakh de lutte à cheval, une espèce de bouzkachi simplifié

 

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Premières images de Mongolie

On va se trouver sans internet pendant un certain temps, donc voilà déjà quelques images en vrac.

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La Mongolie, enfin !

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Petit retour sur la sortie de Russie. Barnaul est la dernière grande ville que l’on a traversée, et comme dans chaque ville russe il y a pléthore de “remont” et “garaj”, c’est à dire de petits garages qui s’occupent de remettre en état les épaves soviétiques et même les bagnoles japonaises toutes neuves. On en voit d’ailleurs de plus en plus qui viennent directement du Japon, car elles ont la conduite à droite. En effet, à partir d’ici on est plus près du Japon que de l’Europe, et donc les occasions sont moins chères à faire venir depuis là-bas.

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On s’arrête quand même au concess’ Toy du coin, un grand bâtiment tout neuf qui vend exactement les mêmes voitures que chez nous. Aucun intérêt, donc, on leur prend juste un filtre à huile – il est plus simple de trouver la bonne référence ici que chez des indépendants. Ensuite on se dirige vers un de ces ateliers qui semble à peu près bien tenu, on se présente à la réception, on choisit son huile (Mobil 10w40, pas de 15w40 chez eux) et hop! une demie-heure plus tard c’est réglé.

On en profite pour faire le plein d’eau également (pour la douche, pas pour le moteur), car il n’est pas toujours évident de trouver un tuyau par ici. On repart ensuite en direction des montagnes mais comme la traversée de Barnaul, la vidange et la pause shashlika (brochette) ont pris un peu de temps, on fait un dernier bivouac-moustique dans un champ. On essuie un orage pendant la nuit, mais rien de grave.

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C’est le lendemain qu’on entre effectivement dans l’Altaï, qui est une chaîne de montagnes qui culmine vers 4000m. Comme vous avez pu le lire auparavant, Cécile respire de voir enfin du relief. La route prend progressivement de l’altitude et – grande nouveauté – on voit des touristes. Pas des cars de Japonais, quand même, faut pas pousser, mais pas mal de Russes, car l’Altaï est renommé dans toute la Russie pour ses paysages magnifiques. C’est vrai que c’est beau, mais surtout pour les Sibériens, voire pour les Bretons ; pour les Suisses, c’est quand même assez semblable aux Alpes.

Malheureusement, le temps vire aussi à la pluie ; de fait, vu la végétation, il doit souvent pleuvoir par ici. A Gorno-Altaïsk, la capitale régionale, on fait un petit détour en ville pour essayer de trouver le bureau du FSB (ministère de l’intérieur, ex-KGB) pour confirmer qu’ils ont bien reçu notre demande de permis qu’on avait envoyée par e-mail avant le départ. On avait l’intention de prendre une petite piste qui part en direction de Tuva, mais comme elle passe à moins de 50 km de la frontière mongole, il faut obtenir une autorisation. On tourne en rond sans trouver l’endroit, les locaux ne nous aident pas et Google Maps non plus, donc on décide de continuer et passer au FSB de Kosh-Agatch, près de la frontière (ce qui s’avérera être une mauvaise idée).

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La route est relativement longue, quoiqu’en bon état. On passe d’une vallée à l’autre et on longe de très jolis pâturages. Cécile est très excitée parce qu’on passe dans une particularité géologique très rare, qu’elle a d’ailleurs déjà décrit sur une autre page. C’est plutôt sympa de se promener et d’imaginer comment pouvait être le paysage il y a 10’000 ou 20’000 ans. On continue à grimper et on quitte progressivement les paysages verdoyants pour des prairies plus arides. Il se fait tard et il faut régler un autre problème : notre batterie auxiliaire qui est méchamment à plat (tout ça pour pouvoir se laver les cheveux à l’eau chaude… tss, tss!). En principe, c’est très mauvais de les laisser se décharger jusqu’à 6 volts, et d’ailleurs cela déclenche une alarme sur le coupleur-séparateur de batterie quand on redémarre le moteur (et après que je l’aie remis dans le bon sens… hem). Mais c’est une bonne batterie, on a bon espoir de la ressusciter. On s’arrête à Aktash et on trouve un petit garage qui accepte de brancher notre batterie sur son chargeur. Il tique un peu en voyant le voltage, en principe les chargeurs ont une sécurité et refusent de charger une batterie en-dessous de 10 volts. Mais non, son vieux bidule envoie 10 ampères, donc on est sur la bonne voie. Ils nous dit de revenir dans une heure, et comme il commence à faire nuit (et un froid de canard), on décide de chercher un hôtel dans le bled. En revenant plus tard, la batterie est à 11 volts, donc elle n’a pas souffert.

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C’est l’occasion idéale de faire découvrir à Cécile le principe du “banya”, le sauna local. Tous les hôtels par ici se doivent d’offrir le banya et celui qu’on trouve ne fait pas exception. C’est même le seul endroit pour se laver puisque le bâtiment tout neuf n’a pas (encore ?) prévu de douches ni d’eau chaude. Le banya est une petite cabane à part, entièrement en bois à part l’emplacement pour le poêle. On entre, on se déshabille et on passe dans la deuxième pièce où il fait déjà nettement plus chaud. Là on a de l’eau chaude et froide à disposition pour se laver ou se rincer. Une troisième porte donne accès au sauna lui-même, où on est sensé de faire suer avant de se refroidir à l’eau glacée. C’est un peu trop chaud pour Cécile qui préfère profiter de l’eau chaude dans la “salle de bain” (pfff… quelles mauviettes ces Marseillais !). Mais qu’est-ce que ça fait du bien.(non, non, désolé, pas de photos !)

Dans un supermarché de Russie, remplissage des bouteilles de bière à la pompe. Env. 1,5€ le litre.
Dans un supermarché de Russie, remplissage des bouteilles de bière à la pompe. Env. 1,5€ le litre.

Le lendemain, Cécile nous fait sortir de piste et me raconte l’histoire des petites collines, qui donc ont été formées au fond d’un lac lorsqu’il s’est vidé brusquement (si j’ai bien compris). Puis nous arrivons dans l’après-midi dans la dernière ville avant la frontière. On trouve cette fois un local typé mongol (on est toujours en Russie mais ils ont tous le type mongol et parlent le mongol) qui nous donne la direction du FSB. C’est un grand complexe de bureaux et d’immeubles d’habitations entourés de murs et de barbelés. On essaie de se faire comprendre à l’interphone mais la barrière de la langue fait qu’on attend bien 20 minutes que quelqu’un vienne au portail et qu’on puisse leur montrer le formulaire que l’on avait envoyé. Finalement le message a l’air de passer et on nous amène dans le bureau où on remplit les demandes. Les employés sont assez sympathiques et essaient de nous aider, ils dénichent même un petit jeune qui baragouine 3 mots d’anglais, c’est inespéré.

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On arrive à leur faire comprendre qu’on a déjà envoyé un formulaire par e-mail mais visiblement à la mauvaise adresse parce qu’ils n’ont rien reçu. Le gars me montre alors sur le mur une affiche avec l’adresse e-mail du bureau… sauf que c’est pas la bonne non plus ! une fonctionnaire nous dit “niet-niet” et part chercher le renseignement. Elle revient 10 minutes après, en nage, et commence alors un conciliabule à trois pour essayer de retranscrire l’adresse en caractère latins (les adresses e-mail et de site internet russes s’écrivent normalement en caractères latins, et non pas cyrilliques). Ils ont bien du mal mais arrivent à un consensus – qu’on refilera aux suivants s’ils désirent obtenir le fameux permis. Quand à nous, ils nous faudrait attendre 20 jours.. mais peut-être que demain c’est possible, nous dit le petite jeune, après qu’il en aura parlé avec son chef. Ca nous parait suspect, mais pourquoi pas tenter le coup ? De toute façon il est trop tard pour passer la douane ce soir. Il faut repasser demain matin vers 10h.

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Ok. On décide donc d’aller nous poser un peu plus loin, au bout de la plaine là où commencent le montagnes. On roule un moment et on tombe sur un check-point de l’armée. Et oui, on est déjà dans la zone des 50km, donc dès qu’on sort de la route principale il nous faut un permis. Devant nous sont arrêtées deux camionnettes et un mec au look de trekker qui est en train de bouffer une tartine en attendant. Quand il voit nos plaques il s’approche et nous salue en français. On a à peine le temps de lui demander ce qu’il fait par ici quand Cécile sursaute de son siège : elle vient de reconnaître un collègue à elle qui sort de la camionnette ! 8000 km de route et on tombe sur des géographes en mission dans l’Altaï..! gros fous rires et séance de photos avant qu’on se fasse rabrouer par les militaires. On rebrousse chemin et on se pose au milieu de la plaine à l’abri d’un gros bloc erratique. On avait à peine commencé l’apéro qu’on se fait de nouveau déloger par une patrouille. On redescend alors la route principale sur quelques kilomètres pour se planquer non loin derrière une butte.

DSC06606Le lendemain, on retourne au bureau de nos amis de la securitate, enfin du FSB. Là, pas moyen de franchir le portail, on nous laisse moisir dehors pendant une heure. On décide alors de se faire une tasse de thé avec deux routards français complètement paumés qui essaient également d’obtenir ce fameux permis. Enfin, la fonctionnaire avec qui on avait “parlé” hier arrive et nous dit de revenir à 15h30. Ca nous arrange pas trop parce que ça nous fait perdre carrément une journée. Mais puisqu’on est là… et qu’il y a de la 3G sur notre téléphone, on fait un peu de blog et d’internet. Puis je cuisine des röstis sur le parking, fallait bien ça pour nous redonner des forces. Finalement, le big boss arrive vers 16h et peu après le petit jeune arrive et nous annonce que c’est définitivement “niet” : il faut impérativement un délai de 20 jours. Bon, le permis c’est pas si grave, on trouvera d’autres pistes sympa, mais perdre une journée pour ça… On repart en trombe en direction de la frontière et pour essayer de passer avant la fermeture. On arrive un peu avant 17h, mais bloqués par une file de 14 voitures. Qui n’avancent pas du tout. On comprend que la douane ferme et que plus aucune voiture ne passera aujourd’hui. Hors de question de bouger et perdre sa place, d’autres voitures s’entassent déjà derrière nous.

IMG_20150707_173908577Nos voisins partent à pied chercher une chambre dans le seul (?) hôtel du patelin paumé qui jouxte les bâtiments de la douane. Vu le nombre de personnes qui attendent, la plupart ne trouveront pas de place et devront passer une nuit glaciale dans leur voiture. Nous on a les matelas à l’arrière et les sacs de couchage, donc on passe une très bonne nuit. Le lendemain on remarque que la queue fait maintenant au moins 50 voitures. On fraternise avec un Kazakh prof d’anglais qui retourne voir la famille en Mongolie. L’ouest de la Mongolie est peuplé de Kazakhs et beaucoup ont émigré lors de l’indépendance du Kazakhstan pour chercher du boulot. Ils reviennent en général pour le nadaam, la fête nationale, qui est dans 3 jours. Ceci explique l’afflux inhabituel de voitures.

DSC06609DSC06608Le lendemain matin, lorsque la douane ouvre, les douaniers russes mettent les bouchées doubles et notre tour arrive relativement vite. Par contre il n’y a qu’une douanière à l’immigration et on se les gèle grave en attendant se faire tamponner le passeport. On appréhendait un peu la fouille du véhicule mais tout se passe très vite, ils demandent juste d’ouvrir un coffre à l’arrière et d’enlever la bâche de la tente. Après 3/4 d’heure on peut repartir pour les quelques kilomètres qui séparent la douane russe de la douane mongole. Entre deux, au col, la frontière physique est marquée par une grille et… la fin du goudron ! Welcome to Mongolia !

En descendant sur la douane mongole, on se fait d’abord alpaguer par le point de désinfection ; erreur de débutant on aurait dû la jouer au bluff et passer à coté comme les autres. Mais bon, le gars nous gicle les pneus de je-ne-sais-quoi et on passe à la caisse : 1000 tögrögs (50 centimes) ou 100 roubles pour les touristes qui n’ont pas de monnaie locale (1,5 €). Bon petit bénéf pour le gars et avertissement pour nous : on n’est pas dans le coup !

La douane mongole est beaucoup plus chaotique que chez les Russes, ils en oublient même de regarder dans notre voiture. On s’y perd un peu, mais on arrive finalement à (dans l’ordre): passer l’immigration, obtenir un permis pour la voiture, changer de l’argent et acheter une assurance. Tout compte fait, il nous aura fallu deux heures et demie pour passer les deux douanes. En plus, pour se venger du passage en désinfection, on a fait de nouveau descendre la cylindrée de notre voiture à 2100 cc, c’est toujours ça de gagné sur le prix de l’assurance. Mais c’est pas fini, 100 mètres après la douane, nouvelle barrière, cette fois pour une taxe routière. Le mec commence par me donner un prix en rouble, environ 8€ ; pas deux fois, l’ami, donne-moi plutôt le prix en monnaie locale : 5,5€. Ok, bien essayé.

Pour fêter notre entrée en Mongolie, on s’arrête immédiatement pour manger nos premières bouses, enfin, des “buuz”, des raviolis mongols fourrés à la viande de mouton. Pas mal du tout (bien sûr, faut aimer le mouton, mais si ce n’est pas le cas il ne faut pas venir en Mongolie !).

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Improbabologie : frontière Russie – Mongolie : le RDV des géographes

En attendant le permis pour pouvoir visiter la province de l’Altaï, nous cherchons un coin pour dormir à proximité de Kosh Agach . Nous décidons de nous éloigner de la ville et de suivre une piste qui part vers les montagnes, le temps et revenu au beau et les paysages sont magnifiques. Nous sortons de l’ancien lac glaciaire de Chuya (voir précédent post), traversons les limites des anciens glaciers et tombons sur un check-point : il faut un permis pour continuer, que nous n’avons pas. Deux camionnettes russes nous précèdent (Uaz), chargées de matériel de camping. Sûrement des touristes…

Et là, quelle surprise, ce ne sont pas des touristes mais des amis géographes qui viennent pour une mission scientifique. Incroyable !!! Se rencontrer ici, dans ce coin si paumé, à des milliers de kilomètres de chez nous, c’est simplement incroyable ! C’est un grand plaisir de se croiser. Malheureusement les gardes nous demandent de partir, c’est bien dommage et frustrant, nous n’avons pas beaucoup eu le temps de discuter. Bonne mission Philippe et Jean-Jacques, on se re-croisera peut-être qui sait ? Sinon, la prochaine fois on se donne RDV !

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Avec Philippe Deline et Jean-Jacques Delannoy, géographes géomorphologues à Chambéry.
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L’Altaï : l’origine du mythe du déluge ?

L’Altaï : l’origine du mythe du déluge ?

Après plus de 7000 km de route archi plate nous entrons enfin dans l’Altaï. Des montagnes, enfin ! La région est touristique, cela se comprend, les Russes ne vont pas aller en villégiature dans les marécages infestés de Sibérie, ils préfèrent venir faire du raft dans la montagne.

Nous faisons les touristes nous aussi, nous nous offrons un « bagna », un sauna dans une petite cabane en bois, eau chaude et glacée, ça réveille.

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DSC06261Nous remontons la vallée de la Katun, une rivière très large aux eaux grises et tumultueuses (c’est le moment de la fonte des neiges et des glaces en altitude). Cette vallée est très connue par les scientifiques en raison de son histoire extraordinaire : elle a connu des crues titanesques, peut-être les plus grandes connues à l’échelle du globe, des crues qui par cascade auraient pu atteindre la mer d’Aral, la mer Caspienne et la mer Noire et être à l’origine du mythe du Déluge. Vous allez dire que j’exagère car je suis marseillaise, mais c’est pas moi qui le dit, ce sont les géologues qui ont travaillé dans cette région. Alors, c’est vrai qu’une partie d’entre eux sont américains et que les américains adorent les scénarios catastrophe, puis c’est plus facile à publier, mais bon… ça n’empêche pas qu’il y a des choses extraordinaires à voir dans cette vallée.

altai-01Pour comprendre, là encore, il faut prendre du recul, voir les paysages d’en haut, et retourner dans le passé. A la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 15 000 ans, les montagnes de l’Altaï sont couvertes de glaciers qui s’écoulent depuis les plus hauts sommets jusque dans les vallées principales. En amont de la vallée de la rivière Katun, des grands lacs (en bleu sur le croquis) se sont formés, bloqués par les glaciers qui barrent la vallée principale.

Les chercheurs montrent que ces barrages de glace ont subitement cédé, provoquant la vidange des lacs et une vague de crue cataclysmique en aval. Cette vague a emporté des quantités énormes de sédiments avec elle (il faut imaginer une vague de boue), que l’on retrouve tout le long de la rivière. Ce phénomène s’est vraisemblablement reproduit plusieurs fois entre 30 000 et 13 000 ans.

paleolacs-01-01Jusque-là, ça va, à part la taille gigantesque des crues, cela est concevable. Mais le plus incroyable, c’est que ces crues se seraient propagées en aval, jusque dans les grands lacs formés au contact des glaciers qui occupaient le nord du continent et dont je vous ai déjà parlé dans un précédent post. Ces lacs ont pu déborder au sud, par le col de Turgay, l’eau atteindre ainsi la mer d’Aral, puis déborder dans la Caspienne, puis vers la mer Noire. Les peuples vivant au bord de la mer Noire ayant dû déménager pour cause d’inondation, le mythe du Déluge était né…

Quelles sont les preuves de tout cela ? Sur le terrain, nous voyons le long de la vallée de la Katun, de très épaisses accumulations de graviers (dans lesquelles la rivière d’aujourd’hui s’est encaissée). Et surtout, nous allons nous balader dans le fond de l’ancien lac (à -600 m sous le niveau de l’eau), dans un champ de dunes formées par les courants au fond du lac. Imaginez que vous allez à la plage, sous vos pieds vous sentez de petites ondulations ? Et bien là c’est la même chose, sauf que ces rides de courant mesurent 3 ou 4 mètres de haut et qu’elles sont formées de gros galets car elles ont été formées par de puissants courants au moment de la vidange du lac. De temps en temps on trouve un gros bloc posé au milieu de rien : c’est un bloc apportés par les glaciers, qui a dérivé sur un iceberg, et qui a fini par tomber au fond de l’eau lorsque la glace a fondu.

Sur les bords de la vallée nous voyons les traces des anciens rivages, comme lorsque vous videz votre lavabo après avoir lavé de vieilles chaussettes sales : vous trouver les traces de la baisse progressive du niveau de l’eau.

Bon, de là à en faire des crues diluviennes… cette théorie est quand même largement discutée. Pour ma part, je vois surtout de belles formes glaciaires, mais bon, pas de polémique, je suis en vacances et je savoure la chance inouïe que j’ai de pouvoir découvrir des paysages aussi fabuleux.

Le temps n’est malheureusement pas avec nous. Nous faisons quelques images des dunes du fond du lac glaciaire entre deux averses. Nous reviendrons dans la région d’ici un moi ou à l’automne, en espérant que cette fois il fasse beau !

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Une tombe au sommet d’une crête de dune, au fond d’un ancien lac, à -600 m sous le niveau de l’eau… pas mal comme lieu de repos éternel.
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Voici la même tombe vue du ciel
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Tentative de carottage dans les mélèzes qui poussent entre les anciennes dunes, juste par curiosité, pour connaître leur âge… échec sur touts la ligne, les arbres sont vieux mais creux, impossible de récupérer les carottes.
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Un gros rocher (bloc erratique) apporté par les glaciers qui se jetaient dans les anciens lacs glaciaires. Ce bloc a dérivé sur un radeau de glace, qui a fini par fondre et le bloc s’est retrouvé au milieu du lac
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Au fond de l’ancien lac glaciaire
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Les grand replat à droite de la photo est une accumulation de graviers, interprétée comme les conséquences des vidanges des lacs glaciaires. Depuis, la rivière s’en encaissée en contrebas, en plusieurs étapes marquées par les replats intermédiaires.
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Temps relatif

20150703-1L’avantage avec les voyages en voiture, c’est qu’on ne souffre pas de décalage horaire. On se lève et se couche en fonction du soleil, c’est tout. Mais sans s’en douter, on dérive lentement. L’autre jour, on se réveille au petit matin et on décide de partir tôt pour enquiller de la route. Jusqu’à ce que Cécile jette un coup d’oeil à la montre du tableau de bord et manque de s’évanouir : il était 4h30… heure de Marseille ! On ne l’avait pas mise à jour depuis notre départ.

Pour rejoindre la Mongolie, on doit partir plein est, donc en direction inverse de la rotation de la terre. On ne va pas très vite, mais on avale quand même environ 600 km par jour, ce qui correspond (à cette latitude très au nord), à environ 10 degrés de longitude, équivalent à environ 40 minutes de décalage horaire. On vit donc des journées non pas de 24h, mais de 23h20. Pas assez pour avoir des problèmes pour dormir, mais assez pour perdre la notion de l’heure – en même temps, on a pas vraiment besoin de savoir quelle heure il est, on avale du goudron, c’est tout.

Projection de Mercator
Projection de Mercator

 

La Russie est non seulement très étendue mais aussi très au nord, deux facteurs qui font que sa représentation sur une carte avec une projection Mercator habituelle est trompeuse. (elle déforme beaucoup les régions nordiques). Une manière de s’en rendre compte est de tracer le trajet intuitivement le plus court, en « ligne droite ». Bien sûr il n’y a pas de ligne droite sur une sphère, donc ce que l’on voit comme une ligne droite sur une projection de Mercator est en fait une ligne courbe qui suit le méridien à angle constant (à angle droit pour un trajet Marseille – Dalazandgad). Mais ce n’est pas le trajet le plus court : pour cela il faut tracer un « grand cercle », qui est représenté sur ce genre de cartes par une grande courbe.

Projection conique
Projection conique

Attention : un peu de trigonométrie sphérique suit, allergiques passez votre chemin.

Pour avoir une meilleure idée, il faut prendre une projection conique, ici centrée sur la Volga. on remarque dès lors que le tracé à latitude constante effectue en fait un large détour. La différence est de 5% environ : 7500 km contre 7900 km. Ca c’est la théorie, utile pour les compagnies aériennes. En voiture, on va également choisir les grands axes qui sont plus roulants que de petites routes, même s’ils font des détours. Pour nous, la route fera 9500 km environ.

Dans tous les cas, le fait de remonter au nord raccourcit la trajet. Comme on l’a vu plus haut, parcourir 600 km vers l’est (à vol d’oiseau) à 56 degrés de latitude (sud de la Sibérie) fait gagner 10 degrés de longitude. A la hauteur de Marseille, 43 degrés nord, 600 km ne font que 7,5 degrés, donc 30 minutes de décalage par rapport au soleil. Lors de l’inauguration du transsibérien, au début du 20e siècle, chaque gare ou presque avait sa propre heure, c’était donc assez compliqué de créer des horaires… Actuellement, les horaires du transsibérien sont à l’heure de Moscou, cela simplifie la lecture. Les Russes ont un système assez compliqué de fuseaux horaires qui n’est pas très régulier, on passe parfois 2 heures d’un coup. En plus, les Mongols on réussi à créer un changement de fuseau pour la partie extrême ouest du pays… quoique dans les faits, j’imagine que les habitants se soucient peu de l’heure officielle. Notez que les Chinois, eux, pragmatiquement, on décidé que tout le monde vivrait selon l’heure de Pékin, même si le pays recouvre en fait 4 ou 5 fuseaux.

 

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Novossibirsk : les dunes d’un désert glacé

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Les champs de dunes fossiles au sud de Novossibirsk

A Novossibirsk, nous traversons l’Ob puis le paysage change enfin un peu et devient légèrement vallonné. On gagne 50m d’altitude, on retrouve la forêt de pins sylvestres que nous avions déjà connue en Pologne et en Ukraine. Les lacs se font plus rares, l’environnement plus sec. Nous arrivons dans une région que j’avais repérée que Google Earth et que j’avais hâte de voir sur le terrain. De grandes stries courbées orientées du nord-est vers le sud-ouest apparaissent (en vert foncé) sur les images aériennes. Ces stries correspondent à des zones plus basses et marécageuses. Entre deux stries, des collines vaguement ondulées, plus sèches et cultivées (en vert clair). Ces collines sont en fait d’anciens champs de dunes (des « loess » pour le nom savant) qui ont été formées par des vents violents qui soufflaient lors des dernières glaciations dans un environnement désertique et glacé. On devine encore bien les traces des ondulations des crêtes des dunes.

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Situation de la carte précédente

 

Ces champs de dunes sont localisés entre les grands lacs dont je vous parlais dans le précédent post.

Le paysage à l’époque devait ressembler à un espèce de Sahara sous un climat polaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

DSC06056Aujourd’hui, le climat s’étant réchauffé depuis 10 000 ans, la végétation a recouvert ces anciennes dunes, les a fixées et des sols cultivables se sont développés. Si on observe les labours dans les champs, les sols sont bruns (et donc plus secs), à la différence des sols noirs visibles dans les zones basses et humides. Comme toujours depuis 6000 km maintenant, les routes sont en travaux, et la poussière des anciennes dunes n’arrange pas la visibilité.

Nous avions déjà traversé en Pologne et en Ukraine des champs de dunes similaires, cachés par la végétation. Nous avions déjà campé sous les mêmes forêts de pins et râlé de ne pas avoir de pieds sous la grille du BBQ car dans le sable, impossible de trouver des cailloux pour la caler. Et en général, c’est là que nous avons eu le moins de moustiques. C’est à ça que ça sert la géo, à prévoir son équipement de camping à choisir ses bivouacs et à savoir où on va bouffer de la poussière.

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Champignons, patates, fraises des bois, myrtilles…
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Récole du foin sur les dunes fossiles

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Sibérie : mais pourquoi c’est si plat ?

Nous avons traversé le Sud de la Sibérie, depuis les montagnes de l’Oural jusqu’à Novossibirsk en passant par Omsk. Depuis 1600 km, le paysage est plat, extrêmement monotone. C’est pratique pour doubler les camions, mais super ennuyeux. On traverse des prairies à moustiques, de temps en temps des champs de blé ou d’herbe, des lambeaux de forêt de bouleaux, mais rien d’autre…

Pour passer le temps, on discute de géographie. Laurent me demande pourquoi c’est si plat, pourquoi il n’y a pas de montagne, pourquoi il y a toujours les mêmes arbres ? Pourquoi il y a des lacs partout ? Comme toujours, pour comprendre, il faut du recul à la fois dans l’espace mais aussi dans le temps.

S’il n’y a pas de montagne, c’est que nous sommes au milieu d’un continent, au milieu d’une plaque tectonique, dans une région stable. Il n’y a donc aucune raison qu’il y ait du relief, les chaines de montagne se forment lorsque deux plaques tectoniques entrent en collision. C’est le cas de l’Oural par exemple, une très vieille chaine qui s’est créée à la rencontre de l’Asie et de l’Europe ; et de l’Altaï que nous atteindrons dans quelques jours.

Si on regarde bien le paysage, le terrain n’est en réalité pas tout à fait plat, il a de petites ondulations de quelques dizaines de centimètres qui suffisent à créer des petits lacs ou des marécages dans les points bas, et qui permettent les cultures dans les zones légèrement plus élevées et donc les plus sèches (enfin, disons les moins humides…).

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Marécages de la région de Novossibirsk
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A la recherche d’un coin de bivouac dans les champs (c’est plus sec, donc moins infesté). Lorsque les champs sont labourés, on voit bien que le sol est très noir, ce qui est un signe d’humidité importante. Les géographes ont d’ailleurs adopté le nom russe de « Tchernoziom » (« Tcher » veut dire « noir ») pour les désigner ici et ailleurs dans le monde.

 

paleolacs-01Alors pourquoi le terrain n’est pas tout à fait plat ? Eh bien car on traverse ici une région qui est couverte par d’anciennes alluvions apportées par les grands fleuves (l’Irtich, l’Ob) qui s’écoulent du Sud vers le Nord, vers l’océan arctique. Dans le passé, lors des périodes glaciaires qui se sont succédées depuis les derniers milliers d’années, de grands glaciers recouvraient le nord du continent et une partie de l’océan arctique, bloquant ainsi l’écoulement des eaux des fleuves. En conséquence, d’immenses lacs (en bleu sur la carte de gauche) se sont formés contre ces glaciers. Il y a 10 000 environ, le climat s’est réchauffé, les glaciers ont fondu et ces lacs ont disparu. Il n’en reste aujourd’hui que des marécages et de petits lacs dans lesquels les moustiques s’en donnent à cœur joie. Comme on n’est qu’à 100m d’altitude et à 1800 km de l’océan arctique, les pentes ne sont pas suffisantes pour permettre aux rivières de creuser leurs vallées et d’évacuer les eaux stagnantes.

Dans ces terrains on ne trouve finalement que des arbres qui supportent les eaux stagnantes et le froid intense de l’hiver. C’est le cas du bouleau en particulier, ce qui explique l’omniprésence de cette espèce.

 

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Nous suivons le tracé du Transsibérien et pensons aux conditions de travail terribles que les ouvriers qui l’ont construit ont dû affronter dans les années 1890 : gelés l’hiver, bouffés par les insectes l’été ils mourraient en grand nombre et le Tsar, au lieu de tenter d’améliorer leur sort, fournissait simplement plus de main d’œuvre (volontaire ou non d’ailleurs).

DSC06037Pendant deux nuits, on se débrouille pour camper en bordure des champs cultivés, donc dans les secteurs les plus secs, en respectant un programme strict : douche en plein soleil vers 6h du soir, apéro et repas bien couverts et enduits de lotion anti-moustique pour se protéger des taons, puis barricadage dans la tente à 7h du soir. Dès la tombée de la nuit vers 9h, impossible de ressortir (il faut avoir prévu d’évacuer la bière avant) les moustiques sont là par milliards. La tente est bien raccommodée, cette fois elle est étanche ou presque car ils trouvent toujours un moyen d’entrer.

Peu avant Novossibirsk, le terrain devient encore plus marécageux, on arrive un peu trop tard et il est déjà impossible de sortir de la voiture sans se faire dévorer. On craque et on échoue sur une aire de repos au milieu des camions. Là, c’est moins pire (cette fois ce sont essentiellement les moucherons qui attaquent), et l’avantage est qu’on peut se réfugier au café et prendre une douche en paix (2 € quand même, comme en Allemagne). On ouvre quand même la tente de toit au milieu des camions et on arrive à passer une bonne nuit, bercés par le bruit des moteurs qui couvrent les ronflements de Laurent.

 

 

 

 

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Sibir

Nous nous offrons une pause bien méritée à Tcheliabinsk dans un hôtel au bord du lac avec piscine intérieure (la classe ! allez sur notre page facebook pour voir les photos). Nous faisons enfin enregistrer nos visas à l’hôtel et achetons une assurance pour la voiture (voir la rubrique « paperasses »). Nous n’avions pas pu entreprendre ces démarches plus tôt car nous avons passé la frontière dans une campagne profonde où rien n’était faisable, puis nous avons attendu la fin du week-end pour régler toutes ces paperasses. Du coup, c’est l’occasion de faire un bon break réparateur et de repartir en pleine forme.

Nous reprenons la route et entrons désormais en Sibérie. Le soleil nous a quittés, les orages nous rincent et les moustiques sont toujours aussi hargneux. La Sibérie couvre les ¾ est de la Russie. On l’imagine le plus souvent comme une région polaire mais cette image correspond surtout à la Sibérie du nord et de l’est. Nous, pour l’instant on a chaud. On est sur la route M51 qui, du temps de l’union soviétique, traversait le pays en ligne droite à travers la province du Kazakhstan. Maintenant, pour éviter de franchir la frontière de la république du Kazakhstan, nous allons faire un détour par le nord pour rejoindre Omsk puis Novossibirsk.

La circulation est moins dense, les routes bien plates mais le revêtement tout foutu, et les sections très dégradées se passent au ralenti. Malgré tout les dépassements de camions sont plus faciles. Les paysages redeviennent tout plats et monotones : champs ou prairies, marécages, forêts de pins et de bouleaux. Notre vie est rythmée par les pleins de gasoil et de borch (soupe aux choux, patates et betteraves avec un petit bout de viande) dans les stations-services. Nous trouvons un coin pour dormir à l’écart de la route dans un champ qui a vraisemblablement servi pour la fête du village voisin : une estrade entourée de vestiges d’assiettes en carton et de bouteilles de vodka. Étonnamment, on est relativement épargnés par les moustiques (sauf qu’au matin ils sont tous dans la tente, il va falloir résoudre ce problème d’étanchéité !).

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station service au sud de la Sibérie
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Deux variantes du borch
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Bivouac au sud de la Sibérie
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Oural

Ça y est ! Nous avons passé la frontière entre l’Europe est l’Asie dans l’Oural, frontière un peu artificielle car j’ai plutôt l’habitude de considérer que l’Europe et l’Asie ne forment qu’un seul grand continent, l’Eurasie, ou que l’Europe n’est qu’une péninsule du grand continent asiatique, mais, bon il parait que pour le foot ce n’est pas pareil qu’il y a la coupe d’Europe et la coupe d’Asie et que les Russes mangent à tous les râteliers, bon… d’accord… nous voilà donc en Asie ! Enfin, au niveau des paysages et de la végétation, pour l’instant, je ne vois pas trop de différence… Heureusement l’Oural nous change un peu des mornes plaines que nous traversons depuis la Pologne. Enfin, ne nous emballons pas : là où nous sommes passés, entre Ufa et Tchéliabinsk, les montagnes de l’Oural ce sont des collinettes par rapport aux Alpes. Au niveau des altitudes, nous sommes passés de 150 à 500 m et les sommets culminent à 800m. Mais bon, cela suffit pour faire de beaux paysages, on a trouvé de jolis coins de camping dans les pâturages, des tonnes de fraises des bois (qui poussent en fait dans les prés) des sapins, des épicéas, des mélèzes… la montagne quoi !

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Bivouac dans les pâturages au milieu des fraises des bois

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Vendeuses de fraises des bois au bord de la route

Mais le GROS problème à cette saison (fin juin) ce sont les milliards de moustiques, mouches, taons et insectes en tout genre. A la tombée de la nuit et au lever du jour, il n’est carrément pas possible de rester en dehors de la tente ou de la voiture. La fumée du feu ne les dérange en rien. Les moustiquaires sont indispensables, un peu gênantes pour boire un coup quand même. Il faut absolument être calfeutrés dans la tente bien avant le coucher du soleil et décoller avant qu’il ne se lève. En journée, dans la forêt, ce sont les taons qui attaquent. Cela a fini par nous rendre un peu nerveux, comme disait Coluche, « la nature, la nature… c’est chiant la nature ! ».

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Tu la regrettes ta piva (bière), quand les moucherons sont à l’intérieur de la moustiquaire…
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Le point sur la route

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Les belles autoroutes occidentales sont déjà un lointain souvenir. La dernière vraie autoroute à voies séparées et sans intersections, on l’a quittée à l’est de la Pologne. Grâce aux subventions de l’Europe, on a eu droit à un goudron impeccable, des dizaines de kilomètres de parois anti-bruit en campagne et des aires d’autoroute désertes avec des dizaines de pissoirs tout neufs. Visiblement, peu de trafic passe entre la Pologne et l’Ukraine.

Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.
Chiottes toutes neuves, inutiles, donc forcément un projet européen.

Arrivés en Ukraine, on change de monde : le goudron se dégrade et on roule sur de la 2 pistes, parfois 4 pistes séparées. Ca, c’est pour le grand axe qui traverse le pays. Dès qu’on quitte le réseau principal, on a droit soit aux nids-de-poule, soit, si on a de la chance, à un chemin en terre. Les routes des villages sont défoncées.

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Vendeuse de myrtilles. Si, si, c’est tout ce qu’elle a à vendre.
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Ravitaillement en bière et en barbaque pour le soir.

On ressent bien l’entrée dans le monde ex-soviétique. Pour moi qui ait déjà circulé en Russie, je retrouve mes repères : des ladas pourries, beaucoup de bagnoles de riches, très peu de charrette à cheval, des “Кафе” ou on peut boire un café et manger une soupe, des “продукты” (épiceries) pour se ravitailler en bière et vodka, des vendeurs au bord de la route, des flics aux intersections avec radar en main.

 

Les règles de circulation sont un peu difficiles à discerner, surtout les débuts et fin de limitations de vitesse (c’est voulu, j’imagine). Le mieux c’est de se caler sut les locaux. Les bagnoles roulent tout le temps à fond donc quand tout d’un coup ils sont tous à 50 km/h, c’est pas le moment de dépasser : le keuf n’est pas loin. Le truc que j’utilisais à moto en Afrique marche ici aussi : choisir un bahut qui roule à bonne vitesse et se planquer derrière. Trois avantages :DSC05636

  1. Le routier connait le pays et sait quand il faut ralentir (les appels de phares pour avertissement sont couramment utilisés, mais peut-être que la CB marche aussi entre les routiers).
  2. Comme on est cachés par le camion jusqu’au dernier moment, le flic pourri aura pas le temps de trouver sa proie et de nous faire nous arrêter.
  3. En roulant sans personne devant, on s’expose aux dépassements “suicidaires” des camions d’en face qui estiment qu’on n’a qu’à se ranger sur le bas-coté pour leur laisser la place s’ils ont mal calculé leur coup.

L’état lamentable des routes fait que notre moyenne baisse sensiblement. On n’a pas non plus le talent (ni les chevaux) pour dépasser les camions comme les locaux. Il faut aussi traverser des villes qui n’ont pas forcément de route de contournement – on passe bien 1 heure à contourner Kiev.

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En tous les cas, on passe l’Ukraine sans accroc. On aurait aimé s’arrêter pour visiter un peu (en particulier Cracovie, L’viv, Kiev), mais d’abord on est un peu pressé, d’autre part visiter en ville avec un 4×4 est toujours un peu compliqué : trouver son chemin dans les rue, trouver un hôtel avec un parking gardé, etc..

Pour entrer en Russie, on choisit une petite douane. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, malgré que les deux pays soient à couteau tiré à propos de la Crimée et se battent encore dans la région du Donbass, cette dernière est loin au sud-est du pays et la vie dans le nord du pays ne semble pas affectée.

Je m’attendais à une fouille en règle de la voiture de la part des Russes, mais finalement ce sont les Ukrainiens qui sont les plus curieux et méfiants. Du coté russe ça passe comme le proverbial doigt au cul. Les fonctionnaires sont même charmants, ce qui est de jamais vu. Au bureau de la douane, la petite blonde voit qu’on ne parle pas le Russe, et au lieu de nous laisser nous démerder comme tout douanier qui se respecte, elle prend l’initiative de remplir elle-même les document de la voiture. Du coup, c’est elle qui rame un peu à déchiffrer la carte grise. Un chiffre manque sur la carte : la cylindrée. Bien malencontreusement, je lui montre une autre ligne, qui fait passe notre moteur de 4200 cc à 2900 cc. Ce sera tout ça de gagné sur le prix de l’assurance, qui se calcule à la cylindrée.20150627-1

Justement, pour l’assurance, je m’attendais à trouver un bureau à la frontière. Mais non, et les douaniers comprennent pas ce que je veux. Donc on fera ça au prochain bled. On aura donc trois missions à faire au plus vite :

  • acheter une assurance. En théorie, la carte verte couvre la Russie également, mais comme souvent il vaut mieux avoir un papier local pour passer les contrôle de la flicaille sans palabre, mais aussi pour régler un éventuel contentieux plus rapidement, au cas où malheureusement on aurait un accident.
  • faire enregistrer son visa. On a 7 jours ouvrés pour ça, l’idée c’est de passer une nuit à l’hôtel, qui doit nous enregistrer auprès des autorités.
  • acheter une carte SIM pour avoir la 3G et mettre à jour le blog. On n’a pas encore trouvé de station service avec WiFi en Russie, contrairement à l’Ukraine.

Pour la carte 3G, ça va, on trouve ça dans une boutique Beeline de centre commercial, lors d’une de nos traversée de ville obligatoire (4 GB pour 5€, le prix est imbattable). Pour l’assurance, on tergiverse un peu et quand finalement on se décide, il est vendredi soir et les bureaux sont fermés pour le week-end. Du coup on décide de rouler quand même et de faire l’hôtel + l’assurance lundi. En essayant de pas se faire gauler par la maréchaussée entre-temps.

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Fausse bagnole de flics pour faire ralentir les chauffards.

Ce qui est sûr, c’est que les flics sont bien présents au bord de la route. Heureusement souvent annoncés par des appels de phares des voitures en face. Mais je m’attendais à bien pire, en fait ils sont pas très actifs et peu emmerdants. Jusqu’à présent, après 2000 km en Russie, on s’est fait arrêter qu’une seule fois : le gars voulait juste nous dire qu’on devait allumer nos phares (même en plein jour). Il a demandé à voir la carte grise, mais bien incapable de la déchiffrer ils nous a laisser partir, magnanime.

Du coté de la moyenne, on arrive à peu près à garder un petit 80 km/h, sauf que :

  • il faut contourner les villes. Il faut compter une bonne heure, parfois moins si le contournement existe et est fluide. Kursk, Voronezh, Tambov, Pienza, Tolyatti, Ufa, ça commence à compter
  • les routes sont souvent en travaux. Surtout les ponts qui souffrent, ça provoque des bouchons vu qu’on passe en unidirectionnel.
  • certains tronçons sont tellement dégueulasses que les camions doivent ralentir pour pas perdre le contrôle de leur semi. On voit pas mal de travaux pour améliorer les routes, mais la tâche est gigantesque, à ce rythme il leur faudra 50 ans pour avoir un réseau correct. D’un autre coté, s’ils avaient mis la moitié de budget des jeux de Sotchi  dans leurs routes, on en serait pas là. Mais au moins, il n’y a pas de nids-de-poule sur les grandes axes, c’est toujours mieux que l’Afrique.

20150627-3Heureusement, la majeure partie du pays qu’on a traversée est complètement plate, donc les camions ne rament pas trop. C’est plus pareil avec le franchissement de l’Oural. Certes, on ne monte pas à plus de 800 m, mais c’est très vallonné. Les bahuts chargés (et les Kamaz antiques) montent les côtes au pas, les autres, les Volvo et les MAN sont au taquet et les chauffeurs bombardent tant qu’ils peuvent. Il n’est pas rare qu’on se fasse dépasser par un semi à 110 km/h qui se rabat juste devant nous. De notre coté on ne frime pas trop à la montée avec nos 130 chevaux, surtout qu’il nous manque un poil de puissance pour dépasser en (relative) sécurité.

La route, la célèbre M5, qui traverse tout le pays d’ouest en est, est très chargée et plus de la moitié du trafic sont des camions. Elle ressemble à une nationale, voir une départementale, à deux voies en majorité, avec quelques passages à 3 voies pour aider au dépassement et une centaine de kilomètres d’autoroute à quatre (ou six) voies séparées sur 2000 km),

Du coté de la consommation, on oscille entre 12 et 14 litres /100 km, selon le type de route. En traversant l’Oural, avec la clim, quand il faut cravacher pour dépasser en montée, on consomme plus que quand c’est bien plat et qu’on est calé à 75-80 km/h. On fait donc à peu près un plein de 80 l par jour (à 55 centimes / litre) pour 600-700 km en une douzaine d’heures de conduite. Que de la nationale… pour l’instant, on ne tâte de la piste uniquement pour trouver un bivouac ou un coin de picnic. On arrive le soir lessivés et après avoir trouvé notre bivouac et mangé en vitesse on plonge dans notre tente, jusqu’au lendemain pour recommencer. Vivement la Mongolie !

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ВОДКА se lit VODKA